Ça y est. Le jour du retour est arrivé. Deux semaines à Rennes, posées là comme une parenthèse un peu floue : un rendez-vous chez l’ophtalmo (qui s’est merveilleusement bien passé, me voilà libéré de mon traitement) et puis le prétexte honnête d’amortir un billet de train en se laissant amortir soi-même par les amis et la famille.
Direction Valence. La première marche de la journée, c’est celle qui mène de chez moi à la gare. Une marche minuscule, mais bon, il y a des limites à la difficulté : je n’allais pas refaire la France à pied pour rejoindre mon point de reprise.
Sept heures de train plus tard, passées à faire la sieste, me voilà arrivé. Le corps un peu rouillé, l’âme encore en transit, je m’offre une séance de sport dans un parc. Histoire de relancer la machine, de rappeler aux muscles qu’ils ont tout de même signé pour une aventure.
Camille m’accueille ensuite dans son appartement, avec terrasse et soleil. Elle m’ouvre sa porte via Couchsurfing, avec une simplicité qui confine à l’art. Son copain, Lancelot, n’est pas là ce week-end (il est peut-être à la table ronde) mais sa présence flotte dans l’appartement, quelque part entre les cartes du monde accrochées aux murs et l’évidence qu’ici, on a vu passer des gens. Parce que oui, ils ont accueilli beaucoup. Ça se sent immédiatement. Camille est à l’aise, naturellement. Moi, je bégaie un peu, je cherche mes mots comme s’ils étaient restés à Rennes dans un tiroir. Deux semaines sans parler à des inconnus, et voilà que je redécouvre la fragilité sociale de l’animal humain. On discute autour d’un café. Elle travaille pour la ville, dans le service habitat, et accompagne les copropriétés dans leur transition énergétique. Autant dire qu’en ce moment, elle ne manque pas de matière. Elle parle de son travail avec précision, sans emphase, comme quelqu’un qui sait que le monde change surtout dans les détails techniques que peu remarque.
Puis elle me propose de faire un pique-nique. On part alors explorer Valence et Camille tient à me montrer la ville entière : les beaux endroits, les moins beaux, les coins qui font des cartes postales et ceux qu’on évite d’y mettre. On finit dans un parc avec vue sur le Rhône. Il est 19h30, il fait encore bon, on mange du pain, du fromage, des tomates, des gâteaux apéros...
On rentre ensuite prendre une tisane, évidemment. Les discussions dérivent doucement vers le voyage, le bivouac, les envies d’ailleurs. Je sens déjà l’appel des Gorges de l'Ardèche, quelque part pas si loin.
C'est signe du voyage qui reprend. À moins qu'il n’ai jamais vraiment cessé.