J57
De Porspoder à Lannilis
36 kilomètres
Je repars de Porspoder le sac bien chargé : barres Mars, tablettes de Milka, repas du midi, parts de tarte aux pommes… Bref, l’essentiel pour tenir une guerre de trois jours ou une marche de trente kilomètres. Et, cerise sur la chaussure, le ciel est couvert mais sec : aucun nuage ne semble décidé à me doucher aujourd’hui.
La route est belle. Elle longe les champs, les plages, la mer, puis l’Aber Benoît, presque marécageux par endroits. Le vent s’est calmé, les vagues aussi. Tout est tranquille… ou presque. Car les coups de feu au loin me rappellent que c’est jour de chasse. Je croise quelques chasseurs en tenue intégrale, accompagnés de chiens dont certains ont manifestement manqué quelques cours de sociabilité. Inconsciemment, j’accélère un peu le pas. On n’est jamais trop prudent.
J’arrive dans l’après-midi chez Zabou, Florian et leurs deux enfants, Ishaï et Poety. Leur maison respire la joie, la douceur et l’humanité et leurs deux enfants, curieux et pleins de vie, en sont le plus bel écho. J’ai adoré échanger avec eux, apprendre, écouter, rire, et partager ce petit morceau de vie.
Florian m’emmène même faire un tour sur leur petit bateau, le long de l’Aber Wrac’h. L’eau est plate, le vent paresseux, le silence apaisant. On glisse lentement, presque sans bruit, comme si le temps lui-même avait décidé de se poser avec nous. C’est là que j’apprends leur histoire : ils se sont rencontrés sur les bateaux, anciens marins marchands, ils ont tout connu des grands voiliers, des tempêtes, des départs. Ils ont même travaillé sur Le Bel Espoir, un magnifique bateau engagé dans des projets humains et sociaux.
Pendant plusieurs années, ils ont vécu sur leur propre goélette, amarrée à l’Aber Wrac’h, avant de s’installer récemment dans leur maison qu’ils rénovent eux-mêmes. Enfin… qu’elle rénove : Zabou fait presque tout, électricité, plomberie, murs, pendant que Florian, lui, élève des moules dans l’Aber Benoît.
Et ce soir, forcément, c’est moules au menu. Autant dire que Florian connaît son sujet. Un vrai régal. Autour du repas, les échanges sont passionnants. On parle de vie, de liberté, de peur, de mer, d’enfants, de choix. Leurs parcours n’ont pas toujours été simples, mais leur force, leur humanité, leur douceur en disent long sur ce qu’ils ont su traverser.
Je retiendrais cette leçon essentielle : il faut parfois oser affronter ses peurs pour mieux goûter à la liberté. Ils m’ont rappelé qu’on ne vit pas vraiment tant qu’on ne se jette pas un peu à l’eau.
Ils ont mis des mots sur ce que je ressens depuis un moment, sans trop savoir l’exprimer. Qu’il n’y a rien à atteindre, juste à être là. Ce soir, en m’endormant, je repense à cette journée, à leurs visages, à cette sérénité contagieuse. Et je me dis que si la mer m’accompagne sur le chemin, les gens, eux, m’apprennent à la regarder autrement.