J6 :
De Taller à Onesse-Laharie
Réveil au frais, dans le studio de musique de cette famille extraordinaire. Le réveil aurait été un brin meilleur si je ne m’étais pas rappelé ma défaite à la pétanque la veille. À peine mes affaires rangées, je sors de mon petit local et les trouve tous réunis, prêts à prendre café et pains au lait avant mon départ. Ils insistent pour qu’on fasse une photo tous ensemble. Vraiment, des anges.
Le départ commence mal : les deux premiers kilomètres avec mes Salomon sont un supplice. Même à pleine puissance avec les bâtons, j’avance comme un escargot sous LSD. Une solution bancale me revient naturellement : les sandales. Elles ont bientôt fait autant de kilomètres que mes chaussures sur ce tour, mais elles me sauvent.
À midi, je m’arrête à Lesperon dans un petit bar pour un sandwich acheté dans le proxi du village. Je teste mon talon : le tendon est gonflé, inflammé, il grince presque. La douleur est là même au repos, même en marchant en sandales. Je commence sérieusement à flipper. Les kinés locaux sont tous absents. Je repère un grand cabinet à Onesesse-Laharie, mon point d’arrivée, et me lance dans la marche, entre pauses et grimaces.
Je me pose cette question à chaque pas : suis-je en train de faire une bêtise monumentale en continuant à marcher ?
Arrivé au cabinet… Il est fermé. Leçon du jour : ne jamais se fier aux horaires présentés par Google Maps. Je continue en demandant de l’eau dans un bar, où je tombe sur un senior du village qui déteste les pèlerins et se régale à les insulter. Il me raconte tout ça pendant un quart d’heure. Je m’éclipse en rigolant malgré tout, un étrange moment de socialisation.
Je réfléchis ensuite : avec cette douleur, repartir aujourd’hui serait une connerie. Mais où trouver un médecin ou un kiné dans ces villages de 500 habitants, perdus au milieu des pins ? Décision prise après avoir appelé plusieurs de mes amis : rendez-vous à Bordeaux le lendemain matin, la seule vraie option pour soigner ce tendon avant qu’il ne se venge. Problème : le seul train pour Bordeaux part de Morcenx, à trois heures de marche. Un seul bus passe mais à cause de travaux, personne ne sait où est le nouvel arrêt, même pas la mairie. Alors me voila obligé de faire du stop pour la première fois de ma vie. Heureusement, Eric et Anne m’acceptent dès le premier essai, malgré le fait qu’ils vont dans l’autre sens.
Je prends le train pour Bordeaux et je rejoins Nathan et Mathilde, le meilleur couple de la planète. Ils se moquent ouvertement de moi : Nathan et mon frère avaient parié que je ne tiendrais pas une semaine. J’espère que le kiné de demain leur donnera tort. En attendant, je déguste les cannelés que je leur ai offerts (je me les suis aussi un peu appropriés, mais on va dire que c’était le geste qui compte.)
Une journée un peu frustrante et surtout douloureuse. Mais j’ai bien l’impression que c’est ce que je suis venu chercher : l’imprévu (pas la douleur).
Maintenant, petit dodo dans ce canapé lit que je commence à bien connaître.