J102
De Ardres à Brouckerque
Réveil à 6h30, dans cette maison qui, la veille encore, m’était inconnue et qui ressemble davantage, ce matin, à un refuge.
Au petit déjeuner, il y a tout : brioche perdue, jus de fruits, kiwi, clémentines, céréales, café, pain, Nutella… Un vrai buffet. Je regarde Télématin quelques minutes, comme pour faire durer encore un peu cette parenthèse de normalité avant de repartir.
Les filles partent avant moi, vers 7h30. On se dit au revoir simplement, mais j'ai ce petit pincement que je ne peux plus vraiment ignorer quand je m’attache un peu au gens. D'autant que je sais que je ne les reverrais plus. Je quitte la maison à mon tour, au lever du jour, avec cette lumière douce qui accompagne la plupart de mes départs.
À midi, je m’arrête pour manger la salade de riz au thon que Sophie m’a préparée la veille, et c'est comme si elle continuait à prendre soin de moi même à distance.
Un peu plus loin, à Bourbourg, je pousse la porte d’un café qui s’appelle L’Espérance. Je ne savais pas encore que le bar portait son nom à merveille.
La patronne, Nathalie, m’accueille avec un grand sourire, et après un petit moment à discuter, m’offre le café. Comme ça. Sans raison. Ou plutôt si : parce qu’ici, on fait comme ça. Dans ce bar, la générosité est contagieuse. Un client m’offre ses frites et un sandwich. Un jeune de mon âge revient avec des pommes, des compotes, plein de petites choses pour la route. Sans que je n’aie rien demandé.
Ici, il suffit peut-être de s’asseoir une fois pour appartenir au lieu. Chaque nouveau client m’a salué naturellement, comme si j’étais un habitué de toujours. Qui on est ne compte pas. Ce qui compte, c’est d’avoir eu froid dehors, et d’avoir trouvé du chaud dedans.
Ces rencontres me font un bien fou. Nathalie, Guy et toutes les autres personnes présentes savent me motiver plus que 100 barres céréales.
La journée m’offre ensuite un cadeau inattendu. Je découvre que mon parrain est tout près. Douanier, en mission à Dunkerque avec son camion-scanner. Il m’appelle et me propose de venir dormir dans un gîte qu’il partage avec deux collègues, Gilles et Stéphane. Je suis tellement heureux de le revoir. Et comme par magie, cette fois, nos routes se croisent vraiment.
À l’arrivée : douche chaude, lessive, chambre pour moi seul. On parle longtemps de son travail, de ce que ce voyage m’apporte, des rencontres qui me transforment. On parle même de procrastination en rigolant, il m’avoue qu’il voulait m’envoyer un message depuis longtemps pour savoir où j’en étais, mais qu’il ne le faisait jamais.
Le soir, c'est canard et pommes de terre sarladaises (oui papa et maman il vous a fait pareil au nouvel an) et galette des rois en dessert. Gilles et Stéphane sont très sympa.
Cette soirée fait partie des rares où je ne pense plus à demain. Où je ne suis plus dans l’effort. Où je suis juste bien.