Ce matin, ça va un peu mieux. Pas bien, mais mieux. Assez pour envisager de repartir. Je me résous à marcher.


J’ai repéré une auberge de jeunesse à Châlons-en-Champagne, vingt euros la nuit. L’idée me rassure. Un lit. Une douche. Et surtout, pas besoin de voir du monde. Juste récupérer.


L'étape d'aujourd'hui fait quand même quarante-cinq kilomètres, et mon corps tourne avec le minimum : Pom’Potes, Imodium, et la consigne claire de surtout pas aller aux toilettes. Mon ventre est vide, parfois il se tord un peu. J’ai l’impression d’en faire cent, des kilomètres. Chaque pas coûte davantage que les jours précédents.


Heureusement, le soleil aide. Le ciel aussi. Il y a quand même des moments où je me dis que je pourrais presque tomber là, sur le bas-côté. Alors je ralentis. Je m'écoute. Mais je continue.


Cela rends l'étape étrange, à la fois très lente et très rapide. Les heures n’ont pas toutes la même densité. Certaines passent sans que je m’en rende compte tandis que d’autres s’étirent.


Je longe un canal pendant une bonne partie du chemin. L’eau calme un peu l’intérieur. Et puis je ne suis pas pressé. Il suffit d’arriver avant 18 heures.


Le soir, l’auberge est vide. Entièrement. J’ai l’impression d’avoir le lieu pour moi seul. Riz. Douche. Je me couche tôt. Sans triomphe. Mais soulagé. Aujourd’hui, j’ai avancé.