Je n’ai pas dormi.


Ou très légerement, par fragments. Entre deux allers-retours aux toilettes. Entre trois heures et huit heures du matin, j'ai passé la nuit dans cette pièce trop éclairée à attendre que ça passe. A huit heures, je suis vidé. Déshydraté. Crevé. Ce matin je ne me pose pas la question de reprendre la marche, parce que mon corps a déjà répondu à la place de ma tête. Je fais donc le choix de prendre le train jusqu’à Reims et louer un Airbnb. Marcher dans mon état, c’est risquer la blessure, risquer l’erreur bête. Et puis, surtout, il n’y a pas de toilettes sur la route. À ce stade, c’est un argument parfaitement valable.


Après un petit selfie avec Bruno et Florence, et un court voyage en train qui se passe bien, je passe l’après-midi se passe sur le canapé du Airbnn, devant un film, le corps enfin posé. Après de nouveaux allers retours aux toilettes, à 20h30, je suis couché.


Être mal physiquement, c’est dur. Mais c’est presque plus simple que d’aller mal mentalement. Le corps fait mal, mais au moins il parle clairement. Il dit stop. Il dit ralentis. Il dit prends soin. Quand le mental va mal, c’est plus flou. Plus sournois. On peut marcher, parler, sourire, tout en s’effritant à l’intérieur. Là, au moins, je sais pourquoi je n’avance pas. Et surtout, je sais que ça passera. Ce qui est étrange, c’est que même sans force, même vidé, l’envie d’avancer est toujours là ! En arrière-plan. Comme une veilleuse allumée dans une pièce sombre.


Aujourd’hui, je n’ai pas marché. Mais je suis loin d'avoir renoncé.