Entre Cramans et Mesnay, la journée commence comme commencent les journées de marche. Par un premier pas. Cette fois, hors de la tente.
La nuit a été douce. Par les petits trous de ma tente, quelques courants frais se sont invités sans prévenir. Rien de désagréable, au contraire. Je me réveille un peu courbaturé, le corps encore hésitant. Mais très vite, la chaleur humaine prend le relais. On m’invite au petit déjeuner. On parle encore un peu, dans cette atmosphère flottante des matins de départ où chacun sait que la rencontre touche à sa fin.
Avant que je reparte, ils me partagent un lien vers les clips de leur groupe, Edgar Tendresse. Leur dernier morceau, J’attends, me reste immédiatement dans la tête.
Je quitte alors le village et me mets à longer les vignes. Des rangées et des rangées qui descendent doucement sur les collines du Jura, comme si la terre elle même avait décidé de se pencher pour mieux accueillir le soleil. Une heure à peine après avoir commencé à marcher, je me retrouve déjà en short. Le chemin s’enfonce ensuite dans une forêt magnifique. Je marche longtemps là-dedans, enveloppé dans l’odeur de mousse et de bois.
Bon, je dois l’avouer, je pense aussi aux tiques. Elles existent quelque part dans ce paradis vert. Cette pensée me traverse de temps en temps comme une petite ombre dans un rêve très lumineux. Puis, après plusieurs kilomètres, apparaît enfin Arbois.
Les maisons y sont serrées les unes contre les autres, les rues étroites. Je m’y arrête pour boire une eau pétillante et reposer mes jambes. Je reprends ensuite la marche vers Mesnay, où m’attend Michel. Lui et Sabine ont accepté de m’héberger pour la nuit grâce à BeWelcome.
Michel m’accueille avec un immense sourire et un accent jurassien bien marqué, accent dont j’ignorais totalement l’existence avant aujourd’hui. Il me montre ma chambre, installée dans l’atelier de céramique de Sabine. L’atelier est immense et l'air y est chargé d’un parfum très particulier. On dirait l’odeur d'un champ qu’on vient de retourner. Elle donne l’impression que les objets naissent ici lentement, comme des fruits.
Michel me propose ensuite de regarder avec lui la coupe du monde de biathlon. Devant la télévision, il parle avec fierté des champions du coin, Lou Jeanmonnot et Quentin Fillon Maillet. Il me fait goûter du Comté, évidemment, impossible d’y échapper dans cette région, et surtout de la Gentiane, un alcool puissant typique d’ici. Je lui avais dit que j’aimais découvrir les spécialités locale et il a pris la mission très au sérieux.
Michel est aussi passionné de vélo. Il me raconte les grands voyages qu’il prépare souvent avec Sabine, les routes qu’ils imaginent, les paysages qu’ils veulent encore traverser. Chez eux, on sent que le mouvement fait partie de la vie. Il m’emmène également visiter le jardin. Il m’explique que leur maison se trouve sur l’ancien site d’une cartonnerie. Le sol était complètement abîmé, pauvre, presque mort. Pour pouvoir y faire pousser quelque chose, il a dû creuser sur près de cinquante centimètres et remplacer toute la terre, ajoutant des engrais naturels, reconstruisant littéralement un sol vivant.
Peu après, Michel part pour une répétition de théâtre. La maison devient soudain très calme. Je m’installe dans mon lit, récupère un peu, lis quelques pages. Puis Sabine arrive. Elle parle doucement, avec une présence très posée.
Elle me raconte son métier de céramiste, son travail de formatrice, la manière dont elle transmet ce savoir. Avant, elle était professeure de technologie.
Sabine réchauffe ensuite une soupe qui semble contenir toute la douceur de la maison. Puis elle pose sur la table presque un kilo de Comté, accompagné de pain frais. En dessert, un bon yaourt.
La soirée se poursuit avec un jeu de société, Kamon. Le jeu fonctionne un peu comme les Échecs ou le Quarto, typiquement le genre de jeu dont je suis fan. On joue deux parties. Résultat, une victoire chacun.
Après ce moment, chacun retourne dans son espace, et moi, je m’endors dans cette région du Comté, avec encore dans l’air l’odeur de l’argile.