Le soleil. C’est à peu près tout ce à quoi je pense aujourd'hui. Je laisse mes yeux se perdre dans les vignes, les forêts et à travers les collines sans jamais que mon cerveau n'ai besoin d'en faire une analyse.


Les paysages du Jura sont vraiment magnifiques. Après une belle côte, la vallée s’ouvre devant moi et le chemin ne cesse de monter puis redescendre. Ça fait du bien aussi au cardio.


Versi midi, je passe par Poligny, la capitale du Comté. J'ai peur que les habitants ne voient sur mon visage que je suis plutôt un amteur de Saint-Nectaire, donc je cache mon visage sous la casquette.


Aujourd’hui, je mange à l’heure du goûter, quand je m’arrête à Voiteur. A l'entrée d'un magasin où je veux acheter du pain, deux dames des Restos du Cœur discutent. On parle un moment, du village, de la marche...Je m’installe ensuite au soleil pour manger et faire mes étirements. Mon dos et mon cou sont un peu coincés aujourd’hui, mais rien d’alarmant.


En mangeant, je repense aux parties de Kanton d’hier. Et évidemment, je vois toutes les erreurs que j’ai faites. Je refais la partie dans ma tête. Je me dis que si on la rejouait maintenant, ça ne se passerait pas pareil. Ce qui est probablement faux. Je perdrais sans doute exactement de la même façon.


Le soir approche et je commence à sonner aux portes. Quelques refus, toujours polis, toujours justifiés. Une personne me dit même qu’il va rappeler sa femme pour voir si c’est possible et qu’il me rappellera si jamais je n’ai rien trouvé. Je le remercie, sans trop y croire. Et pourtant, une heure plus tard il m'a rappelé. C’est la première fois que ça m’arrive. Habituellement, je n'ai plus aucune nouvelle à partir du moment où je quitte leur terrain et que je referme leur portail derrière moi.


Mais entre temps, j’ai trouvé un toît. Au fond d’une impasse, près d’un petit parc et d'un terrain de sport en bitume, je sonne à une maison. Une petite fille m’ouvre la porte. Elle me regarde, intriguée, puis part chercher sa maman. Sa maman écoute mon histoire et va chercher son mari en disant : "c'est pour lui ce genre de choses". Le monsieur sort. Il s’appelle Romain. Et il m’accueille à bras ouverts. Dans le jardin, il me montre une caravane où je pourrai dormir. Un petit refuge pour la nuit. Il me raconte qu’il aimerait beaucoup faire Saint-Jacques de Compostelle un jour. Et que leur maison, ici à Voiteur, c’est un peu "la maison du bonheur et la maison de passage du village". Je comprends vite ce qu’il veut dire. Je pose mes affaires, prends une douche, et après un petit moment de repos dans la caravane, Romain m’attend avec une bière.


Pendant ce temps, sa femme est partie à une séance de coaching vocal qu’il lui a offert pour son anniversaire. On discute tranquillement dans la cuisine. Leur voisine Sophie arrive avec ses deux enfants après être passée au parc. Les enfants se chamaillent gentiment, pleins d’énergie, pendant que nous parlons. Dans ces moments, me mettre à une table et gribouiller quelque chose sur une feuille sans me soucier de rien d'autres que ne pas colorier sans dépasser, ça me manque terriblement.


On évoque leur association de parents d’élèves, l’organisation du carnaval de Voiteur, la vie du village. Romain semble connaître tout le monde et s’investir dans mille choses. On parle aussi d’un festival qui aura lieu dans deux semaines à Lons-le-Saunier, les rendez vous de l’aventure. Je suis un peu déçu d’être passé ici trop tôt.


La nuit tombe doucement. Quand la voisine repart avec ses enfants, Romain leur prête une lampe frontale pour rentrer, puis on passe à table. Des pâtes carbonara incroyables. Le genre de plat qui arrive exactement au moment où le corps en a besoin.


Peu après, sa femme rentre de son cours. Et j'ai oublié de le préciser, elle est bretonne, de Morlaix ! Instantanément, je me sens un peu à la maison. On parle évidemment des chocolats Grains de sail. Romain, lui, est guitariste. Il prépare un banquet pour la semaine prochaine, alors il sort sa guitare et son livret de chansons.


La soirée se termine donc en musique. On chante Santiano, les Copains d’abord, la Jument de Michao, et pour finir, la Corrida de Francis Cabrel. Je chante clairement moins bien que les deux autres mais je me rends compte à ce moment là que chanter fait un bien fou. Et surtout, ça rassemble.


Je vais me coucher dans la caravane avec cette drôle d’impression, celle que la journée a fait beaucoup de musique. J’espère que demain, mes pas en feront encore un peu.