Petit déjeuner de roi ce matin, au sortir de la tente. Pain au chocolat, café, fruits, et cette sensation d’être déjà un peu de la maison (même si j’étais dehors). Je les remercie tous, vraiment. Et puis je m’envole (façon de parler, hein, je reste à pied) direction Montélimar.
La journée est belle. Le genre de journée qui avance toute seule pendant que moi je suis. Podcasts dans les oreilles, pas mal de musique aussi. Les vélos défilent sur la ViaRhôna, ça file, ça double, ça dit bonjour parfois. Moi je suis à mon rythme, entre deux mondes. Ni trop rapide, ni trop lent, juste constant. Petit taboulé à midi, posé là, sans cérémonie.
Aujourd’hui est une journée à ponts.
Deux suspendus dans la journée. Le premier, tranquille, une mise en jambes. Le second s’appelle la “passerelle himalayenne”. Voilà. Tout est dit. Il bouge, il tangue, et évidemment, au moment où je suis dessus, des enfants décident que c’est une excellente idée de passer en vélo. Le pont se met à vibrer, moi avec. Je fixe l’horizon, j’avance, je fais semblant d’être quelqu’un qui fait ça tous les jours.
Je traverse enfin un dernier pont, collé aux voitures cette fois. Je m’accroche à la barrière et mes mains deviennent moites trop rapidement. Clairement, l’alpinisme, ce n’est pas pour demain. Mais sinon, la machine est lancée. Les jambes tournent, le mental suit. Le tendon d’Achille se rappelle à moi de temps en temps, assez pour rester vigilant. Pas question de faire le malin.
J’arrive à Montélimar en fin d’après-midi. Petite pause dans un parc, histoire de redescendre un peu, avant de rejoindre Suzanne, qui m’accueille via Couchsurfing. Elle me fait faire le tour de son appartement, me tend une citronnade, m’indique la douche.
Suzanne, c’est une énergie. Positive. Elle me parle assez vite de son problème d’audition. Un truc lourd à porter, elle entend ses propres bruits, ses pas, sa mastication, mais les voix autour, parfois, passent à côté. Les appareils aident peu, les opérations n’ont rien changé. Elle me raconte ces moments à table où tout le monde éclate de rire et elle reste là, à côté, sans avoir compris pourquoi les gens rigolaient. “Comme une conne”, elle dit. Ça pique un peu quand elle le dit, mais surtout ça dit beaucoup de solitude. Elle vit seule, voit peu de monde en dehors de quelques amies qui ont elles-mêmes leurs soucis. Et elle s’isole beaucoup à cause de son handicap. Alors on parle d’Entourage, de liens, de comment ça se fabrique. Et comme il n’y a pas vraiment de groupe actif à Montélimar, j’en crée un, là, sur le moment. Une petite bouteille à la mer…en espérant que d’autres viendront s’y greffer par la suite.
Et pourtant, elle ne s’arrête pas à ça. Elle voyage beaucoup. Elle poste des annonces, part avec des inconnus, se retrouve en soirée en Sardaigne avec quelqu’un rencontré sur place. Elle vit, quoi. À sa manière, mais pleinement. Elle adore Couchsurfing, “ce machin” et elle est fan de Nus et culottés ! Franchement, moi, je deviens fan d’elle.
On parle de tout. De farine de tapioca, de pectine végétale, de trucs que je n’avais jamais prévu d’apprendre aujourd’hui. Et puis à un moment, elle dit “la Slovanie et la Slovéquie”. Et la fatigue chez moi ou je ne sais pas quoi me déclenche un petit rire incontrôlable.
Le soir, ravioles au pesto à l’ail des ours. Bien grillées, vraiment très bonnes. Pain et fromage derrière. On ne complique pas les choses qui fonctionnent. Cerise sur le gâteau, elle me file le contact d’amis à elle, vers Saint-Montan, qui acceptent de m’héberger le lendemain !
Je me couche avec l’esprit léger et avec une petite promesse en tête : faire attention à parler plus lentement.