J15
De La Rochelle à Triaize
34 kilomètres
Petit-déj : pain grillé-beurre, café. Rien de plus, mais il n'y a rien de mieux. C’est l’équation parfaite du matin : chaud, croquant, gras. Je repars. Esnandes d’abord, puis Charron pour la pause repas. Sur un banc à côté de la mairie, je parle avec Mohamed. Il me parle de ses enfants, du monde arabe, des identités, de ce rêve d’abolir les frontières. Les kilomètres deviennent plus légers quand on marche dans les mots d’un autre. Il insiste également pour m'offrir 10 euros, ainsi que sa carte de visite (il gère une agence de tourisme au sultanat d'oman). Ensuite, je m'engage sur deux kilomètres sur la départementale la plus dangereuse du coin, avec les voitures qui rasent mes coudes. Puis vient la délivrance : la Vélodyssée. Large piste tranquille, l’air iodé, le bruit de mes pas qui redevient régulier. Étirements improvisés à deux heures de l’arrivée : contracture au mollet gauche. J’en profite pour souffler et me dire que les prochains jours seront plus cool.
J’arrive enfin chez Claude et Anne. Deux agriculteurs à la retraite, connus dans une autre vie, quand j’étais venu avec mes meilleurs amis d’enfance dans leur chalet. On se retrouve autour d’une bière. Ici, pas de politique ni d’écologie (on est chez des grands chasseurs). Claude me propose de dormir dans sa tonne de chasse. Toilettes, électricité, eau, couchage… une cabane cachée dans la plaine. Si j’oublie les douilles et les carnets où sont notés les oiseaux tués, l’endroit est d’une paix presque mystique. Claude m’y emmène en télescopique. Mon sac accroché devant, moi juché comme un gamin sur cette machine énorme. On traverse le champ, le ciel s’ouvre. La tonne est là, posée au bord d’une petite mare où règnent canards et oies. Le coucher de soleil me cloue sur place : l’orange qui se noie dans l’eau, le silence des plaines. Le soir, repas minimaliste : pâtes et sardines à la tomate. Puis gros dodo dans cette cabane improbable. Le corps assez épuisé, la tête vide.