Je me réveille tôt dans ma tente, avec ce petit rappel cervical qui me dit que je n’ai toujours pas d’oreiller, et je ne l’oublie pas. Mais à part ça, ça va. Mieux qu’hier, même.


Je plie ma tente et je repars. Et très vite, je comprends que la journée va être longue. Carcassonne est censée se rapprocher, mais j’ai l’impression inverse : plus j’avance, plus elle recule. Une ville un peu taquine, qui joue à cache cache avec moi.


Je rejoins le canal du Midi. Et là, ça déroule. Des vélos partout, des gens, du mouvement. Ça vit, ça circule, ça donne du rythme. Je marche bien, même vite, presque sans m’en rendre compte. Comme si le corps avait décidé de prendre les commandes pendant que moi je regarde simplement le paysage défiler. Il fait presque beau, une lumière un peu hésitante, puis au fil des heures, ça se couvre. Le ciel change d’avis, doucement.


Et pourtant, la journée file, glisse, malgré les kilomètres qui s’accumulent sans discrétion.


J’arrive à Carcassonne. Enfin. Et là, évidemment, il pleut. Il est 18h30, j’arrive devant chez Louis, le fils d’André Comte-Sponville, mon philosophe préféré (oui, on peut avoir un philosophe préféré) et je regarde la boîte aux lettres. Ce n’est pas le bon nom. Je vérifie. Je suis bien rue Aragon. Je regarde l’adresse qu’il m’a partagé. C’était rue Arago. Une lettre de trop, quatre kilomètres en plus.Me voilà reparti, sous la pluie, avec les jambes qui commencent sérieusement à discuter.


Je trace. Littéralement. Et heureusement, une amie m’appelle à ce moment-là. Les quatre derniers kilomètres passent presque sans que je m’en rende compte. Comme quoi, parfois, il suffit d’une voix pour raccourcir une distance. J’arrive chez Louis, trempé mais entier.


Il me propose immédiatement de prendre ma douche et de faire une lessive. On sent le randonneur expérimenté. Et pour cause, il a déjà parcouru 3000 km à travers la France, la Nouvelle-Zélande, et une dizaine d’autres treks entre 200km et 500km partout dans le monde. On parle la même langue.


Mon voyage lui donne des idées, ce qui est à la fois flatteur et un peu inquiétant pour son agenda, car il à tout de même un travail en tant que RH dans la fonction publique.


On s’assoit, bière, chips au pesto (objectivement parmi les meilleures inventions humaines), et on parle. De rando, de bivouac, de ce que ça fait à la tête, à l’intérieur. Ce mélange de fatigue et de clarté.Puis on enchaîne avec le match, Bayern Munich vs Paris Saint-Germain, accompagné de pad thaï et de gyozas commandés un peu comme une récompense.


Et quel match. Il m’a fait oublier que j'avais marché presque 50 kilomètres dans la journée. À un moment, pourtant, ça ne suffit plus à garder les yeux ouverts. La fatigue gagne. Louis aussi doit se lever tôt.


Il me laisse un double des clés pour que je puisse dormir un peu plus longtemps. Je m’écroule presque dans le lit, une dizaine de minutes après la fin du match.


Et en fermant les yeux, je me dis que, finalement, même les erreurs d’orthographe ont leur charme quand elles mènent quelque part.