Je me réveille à moitié quand Louis part. Un œil ouvert, un merci marmonné, la porte qui se referme…et moi qui replonge pour une petite demi-heure. Ensuite, c’est café et brioches Pitch. Je prends mon temps car j’ai une petite étape aujourd’hui, rien d’héroïque. Et surtout, j’ai réservé une place dans une halte jacquaire à Montréal pour 12 euros. Rien que l’idée me repose déjà. Une sorte de dimanche au milieu de la semaine.


Je récupère le GR78, le chemin du piémont. Et très vite, je croise des randonneuses. Deux fois. Ça n’a l’air de rien dit comme ça, mais pour moi, c’est une libération ! Ça fait des mois que je marche sans croiser vraiment d’autres “comme moi”. Et là, d’un coup, des gens qui marchent aussi longtemps, aussi loin, avec ce même air un peu ailleurs. J’ai presque envie de leur faire un câlin. Et encore mieux, j’apprends que les premières sont bretonnes. D’Ille-et-Vilaine. Mon département. Évidemment, les Bretons sont partout, même au milieu de nulle part. Ça me fait sourire, ça me rassure un peu. Je me sens moins seul d’un coup. Comme si le réseau revenait après une longue zone blanche.


L’étape est tranquille. Le paysage est agréable, sans plus. Ça fait le boulot. Je suis surtout dans ma tête. Je pense à la fin mai, à la fin tout court. À ce retour à une vie plus normale. Paris, le rythme, les horaires, les murs. Ça me fait un peu peur, je crois. La peur de m’être habitué à cette liberté là, au point de ne plus savoir faire autrement. Et en même temps, j’ai hâte. Parce que toute histoire mérite sa fin. Et que j’ai envie d’écrire celle-ci jusqu’au point final.


J’arrive à Montréal (sans traverser l’Atlantique, juste avec mes jambes) après une petite trentaine de kilomètres. J’entre dans la halte jacquaire. Il y a déjà un Slovène. On échange quelques mots en anglais, mais très vite on comprend qu’on ne va pas philosopher ensemble toute la soirée au vu de notre médiocre niveau d’anglais à tous les deux. Ce n’est pas grave. Chacun vit sa vie, côte à côte.


La mienne est assez simple : un goûter, un peu de YouTube, des pâtes au pesto, quelques pages d’un livre…et dodo.


Pas de grande histoire aujourd’hui...