Je pars au son de la musique bretonne lancé par Jean-François sur son lecteur CD. Honnêtement, quitter une maison en Bigorre sur fond de bombarde et de biniou, c'est une façon de partir probablement meilleure que la plupart.
Après un petit déjeuner gourmand, bien nourrissant, je dis au revoir à Marie France et Jean François et je pars chargé à bloc.
Heureusement. Parce que le chemin, pendant plusieurs kilomètres, est une catastrophe absolue. Pour rejoindre le GR78, je suis des chemins qui n'ont de chemin que le nom (des traits noirs sur la carte), car il s’agit plutôt d’un parcours du combattant en pleine forêt. Entre la boue, les troncs tombés en travers, et les branches partout au sol, ce que je fais ressemble rapidement à de l'escalade. Ou à du parkour.
Je suis sincèrement heureux quand j'en sors. Heureux et boueux et griffé par endroits.
J’arrive enfin à Bagnères de Bigorre. Après un petit tour à Carrefour pour récupérer des boîtes de sardines (mon ravitaillement, la constante de ce voyage, l'étoile fixe autour de laquelle tout le reste s'organise), j’entame la recherche du soir.
Un refus poli d'une dame. Et puis, je me retrouve devant la maison de Géraldine, sur sa terrasse, qui accepte immédiatement de m'héberger. Cette façon qu'ont certaines personnes de rendre la générosité aussi peu dramatique que possible continuent de m'épater après toutes ces semaines.
À l'intérieur, biscuits, jus de fruits et conversation. Géraldine est directrice de crèche, elle m'explique le métier, les contraintes administratives qui s'accumulent, ainsi que les joies qui résistent quand même. On parle aussi de la ville, du quartier, de la vie ici.
Puis la douche arrive. Brûlante, revigorante, et équipée d'un pommeau en forme de tête de canard dont je tombe immédiatement amoureux. Je ne sais pas qui a eu cette idée dans la maison mais je suis fan. En sortant, je croise le fils Tom et le mari de Géraldine, qui repartent en vélo profiter du soleil. Géraldine, pendant ce temps, part faire les courses parce que ce soir, m'annonce-t-elle, les voisins sont invités. Je me retrouve donc seul chez eux. Et ils me font confiance. Je suis touché.
Je me retrouve en pleine soirée entre voisins, et c'est exactement aussi bien que ça en a l'air. Deux couples, une autre voisine, l'apéro qui s'installe, et très vite cette atmosphère des soirées qui n'ont pas besoin de se réchauffer parce qu'elles arrivent déjà à bonne température. Tout le monde trouve mon projet formidable, avec cette sincérité qu'on reconnaît parce qu'elle pose de nombreuses questions.
Les pâtes au citron arrivent, première fois que je goûte, et pourquoi personne ne m'en avait parlé avant !?! Le poulet avec, la tarte aux fruits en dessert, la tisane pour finir….Délicieux !!
On parle de leurs enfants, plus ou moins sages selon les témoignages, avec un “moins” qui l'emporte souvent dans les anecdotes les plus drôles. On parle des saisons, parce que beaucoup ici travaillent l'hiver dans les stations plus hautes (dont celle préférée de Macron, où Xi Jinping est également venu).
La compagne du voisin, qui est basque, prend la parole à un moment pour clarifier un point qui lui tient visiblement à cœur : le gâteau basque, c'est à la cerise. Pas à la crème. À la cerise. Elle dit ça avec le calme d'une personne qui a déjà eu cette conversation mille fois et qui la repartira mille fois encore sans jamais baisser les bras. Je mesure en l'écoutant que le chauvinisme basque est au moins aussi solide que le breton. Je n'entre pas dans le débat, je ne suis pas stupide.
La soirée se termine dans la bonne humeur, comme elle avait commencé. Je m'installe sur le matelas dans la salle de sport. Une séance cette nuit peut être ?