J22


De Notre-Dame-de-Monts à Bouin

34 kilomètres


Réveil avec une petite claque : plus de carte bancaire. Fouillé partout. Sac, poches, sac de couchage, re-sac, re-poches. Rien. Elle a disparu comme une chaussette dans une machine. Probablement après le retrait d’hier. Je suis dég’. Il me reste vingt euros, plus dix que Corinne m’a filés le matin contre un virement. Ça devrait suffire jusqu’au week-end, mais ça fout quand même un petit frisson d’angoisse sous l’imperméable.


Je pars quand même. Et bizarrement, l’étape la plus agréable de mon tour jusqu’ici. Trente kilomètres comme un film qui change de décor à chaque scène. Forêt au début, puis grands champs plats, puis marais avec des oiseaux partout. Marcher seul au milieu de ça, ça a un goût de western atlantique. Le vent est froid mais avec l’imperméable ça passe, ça réveille même.


En arrivant à Bouin, je pousse la porte de la médiathèque. Recharge du téléphone, lecture d’une BD de Fabcaro...Puis je pars chercher un endroit où poser ma tente. Deux échecs et puis je tombe sur une grande maison avec un jardin accueillant. Emmanuel et Nathalie me disent oui sans hésiter. Garage avec canapé-lit, douche pas loin. Jackpot.



Après un peu de lecture, je partage un thé avec Nathalie et Emmanuel. Elle me raconte comment elle a vendu son salon de coiffure et est passée à temps partiel : on sent qu’elle se glisse doucement vers une retraite bien méritée. Elle rayonne d’apaisement. Quand Nathalie part au sport, Emmanuel m’emmène visiter son parc ostréicole. Visite privée. Écloserie, nurserie, grossissement : les huîtres de la mer à l’assiette. J’y connaissais rien. C’est fascinant et ça donne faim.


Le soir, repas simple et parfait : tomates farcies, pommes de terre au beurre à la poêle. À même pas 22h, je sens le sommeil me tomber dessus comme une couverture humide. Eric, lui, doit se lever à 3h pour aller bosser. Je ne comprends pas comment il va faire.