J23


De Bouin à Pornic

29 kilomètres


Réveil un peu glacé. Je sors du sac de couchage dans le garage d’Emmanuel et Nathalie comme un ours mal réveillé. Le café du matin me sauve littéralement les doigts. Première fois depuis le début que je sens une vraie fatigue physique : le corps râle. Le parcours du jour, 29 km, risque d’être long.


Je pars quand même. Le décor, lui, ne faiblit pas. Grandes lignes plates, petites cabanes de pêcheurs, marais aux reflets métalliques, puis la côte qui monte doucement et finit par dévoiler des vues incroyables sur l’île de Noirmoutier. L’impression d’avoir une carte postale permanente sous les yeux.


Je fais sieste sur sieste, pause toilettes publiques sur toilettes publiques. Effet secondaire d’un régime mixte sardines-granola-repas gargantuesques offert par mes hôtes le soir. Le corps s’adapte comme il peut.

Le soir, encore un coup de chance : la toute première maison où je m’arrête, juste pour remplir ma gourde, m’invite à planter la tente dans le jardin. Pascale et Alain. Accueil royal. Et pas seulement l’accueil : le dîner. Et “dîner” prend un vrai sens ce soir-là. Des huîtres ! Pas tous les jours que ça m’arrive. On discute longtemps : un peu de mon projet, un peu de leur vie (des notaires avec des histoires plein les tiroirs), et beaucoup de ma génération. Je me surprends à faire une longue éloge des petits djeuns comme moi. Je parle, ils écoutent, ça rebondit. Ça me plaît. La fatigue, elle, ne discute plus. Après plus de deux semaines de jours de marche d’affilée, le week-end de repos devient un mirage qui brille de plus en plus fort. Je m’endors juste après le repas, comme une personne âgée heureuse d’avoir bien mangé.