J43


De Lorient à Guidel

28 kilomètres


Le matin, je suis tiré du sommeil par une boule de poils en quête d’amour. Le chat est manifestement convaincu que ma main a été créée pour lui. Je cède, évidemment. Après tout, on ne contrarie pas la noblesse féline avant le petit-déjeuner. Celui-ci, d’ailleurs, est loin d'être decevant, café et crêpes au nutella. J’emporte aussi un paquet de brioche qu'ils m'ont offerts pour la route.


Je le sens, mes jambes protestent un peu. Elles ne sont pas rétives, simplement boudeuses. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, et aujourd’hui, j’ai des mollets un peu mollasson. Mais un café au bord de la route me redonne de l'énergie. Le crumble aux légumes dans mon petit tup' finit le travail, je suis chargé !


L’étape n’est pas la plus spectaculaire. Les plages sont sages, le relief timide, mais il y a cette lumière : un grand ciel bleu de semaine, calme, presque privé. S’asseoir dans un café en milieu d’après-midi, regarder la mer sans urgence, c’est un chance dont je prends conscience.


En fin d’après-midi, j’arrive chez Jérôme et Isabelle. Elle est la belle-sœur de ma marraine préférée (et je ne dis pas ça parce que c'est la seule que j'ai). Ils m’accueillent avec des sourires vrais, du genre qui vous font oublier votre sueur et vos kilomètres. Autour d’un café, on parle de tout : de mon projet, de leur vie d’instituteurs, de volley (Jérôme a été pro, et également le premier en France à jouer officiellement au poste de libéro). La conversation coule sans effort, comme le café que j'engloutis.


Un peu de lecture, un peu de repos, et déjà l’apéro s’annonce. On rit. Je leur raconte, un peu trop sérieusement peut-être, que je vise comme prochains défis les qualifications aux JO… en crosse. Il s'agit d'un sport dont la France compte à peine huit clubs. Ils rient, mais pas de moi : avec moi, ce qui me donne quand même Un peu d'espoir. Jérôme me propose également un plan b, qui semble plus réaliste, viser les qualifications aux JO d'hiver 2030 en France au curling, qui compte 200 licenciés en compétition en France.


Le dîner est un chef-d’œuvre : magrets de canard et coings pochés, révélation gustative absolue. J’ai beau marcher des heures chaque jour, rien ne m’émeut autant que ces repas offerts avec simplicité et talent. Je crois que je collectionne moins les paysages que les assiettes.


Avant de se coucher, Jérôme et Isabelle me préparent un repas pour le lendemain, font cuire des œufs, et me laissent… la clé de la maison. Ils partent tôt et me font confiance. La confiance, c'est peut-être la plus belle forme de l'hospitalité.