J40


De Guidel à Pont-Aven

35 kilomètres


Il faut compter près de quarante kilomètres pour l'étape d'aujourd'hui. Enfin, en théorie. En pratique, disons que cette étape s’est déroulée selon une logique toute particulière : un mélange de promenade, de demi-tour et d’épopée en bus.


Au quinzième kilomètre, je me rends compte d'une chose : j’ai oublié mon chargeur (encore) chez Isabelle et Jérôme. Le marcheur, on le dit contemplatif, philosophe, libre ; on oublie souvent qu’il peut aussi être simplement distrait.


Pas question, cette fois, de rappeler mes hôtes pour qu’ils fassent la course à ma place. Ni de racheter un énième câble. Je choisis donc choisi la pire option possible : le demi-tour. Parce que le marcheur qui rebrousse chemin perd plus que des kilomètres : il perd un peu de sa légende. J’ai donc piétiné mes propres traces, croisé les mêmes panneaux, les mêmes cailloux, les mêmes odeurs. Tout avait un goût de déjà-vu pour me rappeler pourquoi je faisais ce demi-tour.



Une fois mon chargeur récupéré, j'ai trouvé un bus à Guidel qui à pu m'emmener dans une ville à 30km pour me déposer à Riec-sur-Bélon (là où j'aurais censé été déjà être si j'avais eu un cerveau organisé). Je fais les derniers kilomètres jusqu’à Pont-Aven à pied, en me répétant à chaque pas que je suis quand même un peu con.



Pont-Aven m’a accueilli avec une chaleur qui aurait fait fondre la plus solide des hontes. Chez Jessica, Guillaume, Malone et Lucas (la deuxième famille chez qui j'ai sonné), j’ai trouvé une famille qu'on peut retrouver dans roman. Les enfants, deux merveilles d’énergie et de curiosité m’ont adopté sur-le-champ. Malone, artiste en herbe, m’a offert un dessin qu'l a réalisé devant moi ; Lucas, jardinier et maître de la Switch, sa chambre entière. Il est allé dormir avec son frère, et je sentais que c'était un peu la fête à la maison. Et, comble du raffinement, Malone a noté ma date de naissance dans son calendrier. Je crois que ça vaut tous les diplômes du monde.

L’accueil a été un festival de générosité : crêpes, Coca, glaces : la Bretagne dans tout ce qu’elle a de meilleur et de pas trop loin des USA. Le soir, je partage avec Jessica et Guillaume, pleins d'histoires à me raconter et de bienveillance. Jessica est pompier volontaire et elle me donne l'envie profonde de m'engager dans cette voie dans les prochaines années.


Après cette soirée oû je me suis senti comme le troisième de leur enfant, je me couche le cœur un peu retourné dans le lit offert par Lucas dont je prendrais un jour la revanche sur Mariokart.


Avant de m’endormir, je pense à cette histoire qu’ils raconteront peut-être à l’école : "On a hébergé un monsieur qui traverse la France à pied." Et j’ai compris que je marchais peut-être pour ça : pour donner, à d’autres, des histoires à raconter.