JOUR 4 :


De Sordes-l'Abbaye à Saint-Pandelon


Réveil à 8h, le temps que le camping livre pain et barres céréales (pas avant 8h45). Départ à 9h, déjà sous 30 °C, avec 39 °C prévus dans l’après-midi et une vigilance rouge incendie. La technique de la serviette humide sur la tête devient indispensable pour ne pas fondre.


Sur la route, je ne croise qu’un seul pèlerin : Marcel, un Hollandais qui marche depuis deux mois après la perte de sa femme. Il me dit qu’il se sent enfin bien depuis une semaine et qu’il ira jusqu’en Espagne avant de rentrer chez lui. Je l’écoute un moment, il est simple et triste et léger à la fois.


Après plusieurs kilomètres éprouvants, mon talon gauche commence à me faire mal. Je suspecte des ampoules et termine les derniers kilomètres en sandales pour limiter la douleur. J’arrive avant Dax, dans la petite ville de Saint-Pandelon. Après une pause eau dans le cimetière, je cherche un endroit pour poser ma tente.


Je remarque un jeune dans son jardin et décide de tenter ma chance. C’est Louis, il est le fils d’Andrea, la propriétaire, et est là avec un ami. Ils sont ici pour préparer les férias de Dax la semaine suivante. Louis est impressionnant : jeune travailleur, créateur de jeux de société (un jeu de tarot sur plateau en hébreu) et anarchiste assumé. On discute éducation, sciences sociales, politique et philosophie, avant qu’ils ne m’expliquent toutes les spécificités de la pelote basque. Passion contagieuse. Ils veulent même m’inviter à une partie de pétanque, mais il fait encore trop chaud.


Le soir, Andrea, ancienne publicitaire parisienne, me raconte son parcours : elle a tout quitté après la mort de son mari pour s’installer ici, dans une ancienne école pour filles qu’elle a rénovée. On discute orientation, métier, vie et projets. C’est touchant et drôle à la fois, et elle connaît mon école, le CELSA, ce qui crée un petit lien immédiat. Le repas est incroyable : chorizo entier, salades composées… Louis me montre un instrument pour “faire de la musique avec les feuilles”, mais j’ai un doute sur le fonctionnement réel.


Le moment le plus stressant de la journée arrive quand je veux planter ma tente : choc, elle a disparu. Panique instantanée. Ce n'est pas possible. Je rêve. Je cours dans le dernier endroit où je me suis arrêté, rien. Andrea, Louis et son ami se moquent gentiment de moi et me font redescendre. Finalement, je passerai la nuit à la belle étoile. Ils m’indiquent un Decathlon à Dax pour récupérer une nouvelle tente plus tard, ce qui me rassure. Même si mon porte monnaie va en prendre un sacré coût.


Pour finir, petite surprise d’accueil : ils m’invitent à utiliser leur compost pour… faire pipi, parce que les toilettes sont généralement réservées pour “la grosse commission”.  J’installe mon matelas à côté, un peu inquiet, en me disant que j’espère qu’aucun d’eux n’aura envie pendant la nuit.


Et avant de dormir, après une douche offerte, Andrea propose même de me faire un peu de lessive. Je suis presque aux anges… si on oublie ma tente.