J42
De Concarneau à Beg Meil
22 kilomètres
Petit déj' à l’hôtel où je me ressers un nombre indécent de fois, viennoiseries, fruits, fromages, tout y passe. Le buffet, c’est un peu le paradis de l’errant : on paye une fois, mais on mange pour demain. Mes parents m’accompagnent aujourd’hui, et je suis vraiment heureux de partager un.bout de cette expérience avec eux. La météo promet sa dernière journée de clémence avant une longue parenthèse de pluie, alors il est d'autant plus important de profiter de ce sursis de lumière.
Marcher à trois change tout. Il faut s’accorder, se raconter, parfois se taire ensemble. Je ralentis le pas pour m’ajuster au rythme de mes créateurs (non, le mot n’est pas trop fort, puisqu’ils m’ont littéralement fabriqué). Mon père, héroïque, porte mon gros sac ; je me découvre soudain léger. À chaque rafale de vent, j’ai presque l’impression que je pourrais décoller. Je sais aussi que c’est peut-être la dernière fois avant longtemps que je marche en short dès le matin. Le chemin déroule ses anses, ses plages discrètes, ses rochers qui surveillent la mer. On s’arrête à midi sur le sable, avec nos sandwichs triangles bien connu aussi des routiers, assis face à un ciel encore bleu.
Le soir, on arrive à Beg-Meil. Un Airbnb tranquille, un peu impersonnel, mais le confort a sa beauté aussi. On s’affale, tous les trois dans le fauteuil, et je redécouvre les infos a la télévision. Cela fait deux ou trois mois que je ne les ai pas regardées. On finit par s’endormir lentement devant Meurtre à Maux, téléfilm vraiment naze, mais parfaitement adapté à notre état d’épuisement heureux.
Il y a de ces soirées qui ne laissent aucun souvenir précis, mais qu’on sent pourtant précieuses : celle-là en fait partie. Demain, il pleuvra. Mais ce soir, tout va bien.