J41
De Pont-Aven à Concarneau
38 kilomètre
Le matin s’ouvre sur un petit déjeuner à l’image de la maison : joyeux, débordant, sans façon. Guillaume et les enfants s’affairent autour de la table, et je me retrouve pris dans un ballet de tartines, d'excitation du matin (d'autant que demain, c'est les vacances scolaires) et de cuillères plongeant dans le pot de Nutella. Le café est fort, le jus d’orange frais, et la gentillesse, comme toujours, inépuisable. Je quitte la maison quand mes hôtes décollent, à 7h30, dans la nuit encore noire.
Marcher à cette heure, c’est assister à la naissance du jour. Le ciel hésite, les arbres se découpent à peine, et soudain, entre deux branches, une première lueur. Le soleil monte lentement, lave tout ce qu’il touche, et je marche dans ce silence qui n’appartient qu’à ceux qui se lèvent trop tôt. Le monde se réveille autour de moi, et moi avec lui, encore en short, encore incrédule d’avoir cette chance-là.
Le chemin, caillouteux, secoue un peu les jambes mais garde son charme. Après Port Manec’h, la plage de Tahiti apparaît : elle est très belle mais ne mérite peut-êtrepas tout à fait son nom. J'ai vu des plages plus impressionnates sur la côte que celle-ci.
Dans l’après-midi, j’arrive à Concarneau où j'y retrouve mes petits parents pour partager un café et la joies des retrouvailles avant de filer se baigner et rejoindre l'hôtel. L'eau est quand même beaucoup trop froide. Sans mes parents je n'y aurais même pas mis les jambes.
Après une chouette balade dans la ville-close, on enchaîne sur un dîner somptueux : entrée, plat, dessert, et deux corbeilles de pain englouties pour moi. La marche, ça creuse le corps mais je le remplis aussi avec de la gourmandises.
Dans l'hôtel, je vois un visage familier. Guirec Soudée. L’aventurier. Le navigateur. Celui que je suis encore sur Instagram, un des rares rescapés de mon tri numérique. Son livre m’avait donné, il y a des années, le goût du départ, la certitude que l’aventure pouvait commencer n’importe où, même sans bateau ni poule.
Le voir là, par hasard, dans le même hôtel, a quelque chose de vertigineux : comme si la vie, parfois, faisait un clin d’œil discret à ceux qui la prennent à pied.