J44


De Sainte-Marine à Pont-L'Abbé

22 kilomètres


Le matin s’ouvre sur une lumière timide, presque polie. L’air sent la mer et le linge humide, un parfum de Bretagne reconnaissable entre mille. Mon père est obligé de déclarer forfait à cause d'une sombre histoire de douleurs aux pieds. Victoire éclatante de la chaussure sur l’homme. Il nous attendra à l’Île-Tudy prêt à nous accueillir avec un café bien mérité.


Je pars donc avec ma mère pour un petit bout de route, six ou sept kilomètres à peine. Le vent agite la mer, quelques remous animent la surface, et tout le paysage semble respirer. Marcher avec quelqu'un, c’est aussi marcher à un rythme différent : plus tranquille, plus attentif. Le monde semble simple, tout d'un coup.


En approchant de l’Île-Tudy, le vent souffle toujours plus. Mon père nous attend, fidèle à sa promesse. Ma mère et lui prennent la voiture pour Pont-l’Abbé, pendant que je poursuis seul à pied.


La marche en solitaire retrouve vite son équilibre. Il y a quelques averses, mais elles passent sans s’imposer. Je ne ressens même pas le besoin de musique : la route, les bruits de pluie, le souffle du vent suffisent.


Pont-l’Abbé se dessine déjà. J’arrive sans fatigue, presque surpris d’être là si vite. Le petit logement est parfait, simple, chaleureux, et surtout habité par mes parents, qui m’attendent comme si j’avais traversé le continent.