J46
De Pen'march à Audierne
43 kilomètres
Départ à 6h45, dans la nuit encore pleine de silence. Le phare de penmarch cligne de l’œil comme s’il savait que je me lève trop tôt.
Je marche dans un monde gris-bleu où tout dort encore, sauf mes jambes. J'ai un peu le bourdon, et cette petite question muette dans ma tête revient : en vrai, qu’est-ce que je fous là ? Le jour finit toujours par se lever, et cette question se fait moins forte. Voir le ciel se réveiller au-dessus des vagues, ça aide à remettre certaines choses à l’endroit.
Les premiers pas sont lourds, puis le rythme revient. Les averses s’invitent, bretonnes, donc franches. Elles tombent dru, repartent, reviennent mais ma tenue intégralement Décathlon tient bon. À midi, j'engloutis mon pain sardines, entre deux averses.
Je reprends la route. Les jambes tournent, le vent cogne, mais la tête va mieux. C’est toujours comme ça. Lors de mes journées de pauses, j'ai envie de canapé et de série, mais la marche, petit à petit, me ramène à l’envie de continuer.
En fin d’après-midi, j’entre dans Audierne sous un ciel lavé de pluie.
Je m’abrite sous l’entrée d’une maison, c'est un gîte. Je tente un appel, poliment, avec la voix de quelqu’un qui espère sans trop y croire. Non, complet. Mais le propriétaire me parle d’un ami, un certain Franck, habitué des voyageurs. Il me donne son numéro, et je compose, un peu gêné quand même de faire ça au téléphone.
Franck décroche. Prof de physique, ton joyeux. Il m’accueille sans hésiter.
Quand j’arrive, je remarque une casquette “Make America Great Again” sur une étagère, je me dis que j’ai peut-être mal joué mon coup. Mais non : c’était un cadeau d'une de ses amies, une forme de gag.
On parle de tout. De ses voyages à vélo à travers l’Europe, des frontières qui ne signifient plus rien quand on transpire dessus, de Sarkozy en prison, oui, aussi. Il a cette façon de raconter les routes qui rend la vie plus large.
Le soir, il prépare des pâtes et une omelette. Puis on allume un feu, son premier de l’année, dit-il. Jean-Luc, un ami baroudeur à lui, nous rejoint. Au moment de me coucher, j'ai le ventre plein et la tête plus calme. Ce matin, j’avais le bourdon, ce soir j'ai le coeur fatigué comme il faut.