J68


De Perros Guirec à Plougrescant

35 kilomètres


Brioches grillé, beurre et café avec Gérard et Lydie. Ils m’accompagnent même une petite heure à pied jusqu’à Louannec. On marche ensemble comme trois vieilles connaissances, même si je ne suis arrivé que la veille.


Le vent, lui, n’a aucune intention d’être gentil aujourd’hui. Je traverse les plages avec du sable qui me fouette le visage, et à un moment, j’ai l’impression de mâcher un sablier. Je choisis de m’arrêter pile au moment où la pluie décide de se joindre à la fête, suivie d’un peu de grêle (histoire de varier les textures). Je repars, et évidemment, le ciel se calme. À mon deuxième arrêt, le vent se tait enfin, comme si on avait fini de se chamailler.


J’arrive à Plougrescant trempé mais heureux de voir une médiathèque ouverte. Je m’y réfugie pour écrire mes résumés de journée : c’est presque de la méta-randonnée, écrire sur ma marche pendant que mes chaussures sèchent sous les radiateurs. En sortant, les deux bibliothécaires bénévoles, Sabine et Sylvie, m’arrêtent : "vous allez où, comme ça ?" Je leur raconte mon périple, et au lieu de me laisser repartir chercher une maison dans le froid, elles m’invitent à venir dîner chez elles. Elles sont voisines et mangent ensemble ce soir ! Je refais un tour en ville, puis retourne à la médiathèque (j’y ai pris un abonnement journalier) où je tombe sur la BD Délicatesse, inspiré du même livre de Foenkinos. Pile ce qu’il me fallait, un peu de délicatesse dans une journée pleine de grains de sable.


Après la fermeture, je suis Sabine et Sylvie jusqu’à chez elles. Chez Michel et Sylvie, je découvre la chambre d’amis, la douche, et surtout le rire communicant de Michel ! Puis on file tous chez Sabine et Marino pour le dîner, avec Jeanne, une autre voisine. Sabine et Marino me répètent que je peux me servir et me resservir, encore et encore, et je m’exécute avec professionnalisme.


On parle de la vie de Plougrescant, des potins du coin, des corps-morts pour attacher les bateaux, des habitudes du pays. Je me retrouve là, au milieu de ces discussions, comme si j’avais toujours fait partie de cette rue. Et franchement, être adopté par un village le temps d’un repas, c’est une sensation loin d'être désagréable.