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De Barneville-Carteret aux Pieux


Ça souffle. Et je ne parle pas des gendarmes que je croise à un rond-point juste après Carteret en train de faire des contrôles. Je parle du vent normand. Celui qui gifle gratuitement, comme si tu lui devais encore de l’argent.


Heureusement, la longue nuit passée dans mon immense auberge vide m’a remis sur pieds. Je pars en forme, vraiment en forme. Incroyablement en forme, même. Je ne comprends pas ce qu’il se passe. J’avance vite, presque trop vite. C'est louche. Peut-être que mon corps sait ce que mon cerveau n’ose pas encore admettre : ce soir, c’est raclette.


J’ai en effet trouvé mon logement du jour à l’avance, gratuitement, sur Airbnb. La dame que j’ai contactée, Deborah, qui habite aux Pieux, m’a répondu avec un enthousiasme tel qu’elle a installé l’application Entourage juste après mon message. Elle m’a proposé de venir, de me loger…et de partager une raclette avec sa fille. Voilà. Mon moteur interne. Mon Red Bull émotionnel. Mon dopage légal. La raclette me tire littéralement vers l’avant.


La journée se résume presque à des plages, encore des plages, rien que des plages. Un long couloir de sable et de vent, jusqu’à ce que je tombe au Rozel sur une petite exposition. Les gens dehors m’attrapent avec une chaleur surprenante, j'avais juste peur de tout renverser avec mon sac à dos, mais ils m’ont accueilli comme si j’étais une installation artistique vivante.


J’arrive ensuite aux Pieux, et Deborah et sa fille Diana m’accueillent à bras ouverts. On dirait une scène coupée d’un film de Noël, au vue de toutes les décorations que je retrouve dans leur maison. Elle me montre ma chambre, la douche, me propose de me reposer, puis, idée brillante, de partager l’apéro.


Après une sieste éclair, je les rejoins, chips d’une main, bière de Noël de l’autre. On parle de tout. De leur famille, du travail de Deborah, assistante de direction mais aussi formée à la sophrologie, très connectée aux âmes alignées (les miennes doivent faire grève, mais elle ne juge pas). Elle est d’une curiosité sincère, rarement on m’a posé autant de questions, et rarement j’ai eu autant de plaisir à y répondre.


Sa fille Diana, CM1, veut peut-être devenir maîtresse, mais j’ai le sentiment profond que son destin secret, c’est plutôt de vivre de brioche au sucre. Et de concombres. Je ne pensais pas qu’un enfant pouvait être fan de ça, mais manifestement si. Les Pieux regorgent de surprises.


Puis vient la raclette. Divine. Fondante. Réconfortante. Une caresse chaude après une journée battue par le vent et la pluie. Un dessert aux pommes incroyable suit, puis, cerise sur le fromage fondue (oui j'adore cette expression), Deborah m’offre un petit Père Noël en chocolat. Je jure solennellement de le manger en plusieurs fois sur mon étape de demain.


La soirée se termine comme elle a commencé dans la douceur. Dans la simplicité. Dans ce luxe rare qu’est l’hospitalité spontanée. Je m’effondre sous mes draps, prêt à repartir demain, le ventre rempli et le cœur encore plus.