Physiquement, les dix derniers kilomètres ont tiré fort sur les jambes. Les longues portions le long de la plage entre Berck et Cucq ont sans doute laissé des traces, tout comme les 230 km déjà avalés cette semaine. Chaque pas m'a demandé un peu plus d’effort, un peu plus de volonté. En arrivant aux abords de Boulogne-sur-Mer, une pensée me traverse : cette ville est moche. L’entrée n’est pas très accueillante et l’ambiance est grise. Mais comme de plus en plus dans ce voyage, ce n’est pas le décor qui marque ma journée, ce sont les rencontres. Le soir, je suis accueilli par Emily, via Couchsurfing. Une personne lumineuse, généreuse, remplie d’histoires incroyables. Elle me raconte toutes les personnes qu’elle a hébergées : une troupe entière de musiciens entassés dans son petit appartement, quelqu’un qui avait oublié son passeport, des voyageurs de tous âges, venus des quatre coins du monde.
Avant, elle vivait à Lille, où elle hébergeait presque quotidiennement des inconnus sur son canapé. Pour elle, c’est une évidence : quand on a de l’espace, on a envie de le partager. Elle aimerait d’ailleurs retourner vivre à Lille après sa thèse d'anglais, même si elle sait que celle-ci va encore lui demander énormément de temps et d’énergie.
Elle me prépare ensuite un petit thé avec de délicieux biscuits de la région avant d'aller se coucher. En effet, demain, elle se réveille à 5h30 pour aller prendre un train vers Paris. Je pensais continuer ma route avant de faire une pause à Paris, mais après avoir vu l'effet au coeur que m'a fait ce thé chaud, je me suis dit qu'il était peut-être important pour le moral de retrouver mes amis parisiens, qui me manquent. J'ai pris ma décision après avoir avalé le bonbon au caramel qu'Emily m'a laisse sur mon lit.
Finalement, grâce à elle, Boulogne-sur-Mer me laisse une toute autre impression que celle de mon arrivée.