Je repars de Lille comme on quitte une fête un peu trop tôt, avec déjà la sensation que la route va me demander plus que je n’ai. Aujourd'hui, c'est direction Vimy ! C'est quasisment une ligne droite sur la carte, mais à l’intérieur, c’est toujours un peu plus sinueux.
Je longe le canal entre Lille et Lens. Le matin, il est peuplé de silhouettes rassurantes, de joggeurs, de couples en VTT, de promeneurs de chiens...Ça me fait du bien de voir d'autres visages sur les chemins. Mais au fil des kilomètres, ils s’évaporent. Chacun rentre chez soi, chacun retrouve sa vie. Moi, je continue. Seul avec mes pas, seul avec ce bruit régulier. Le moral est assez bas, comme le ciel qui hésite entre gris clair et gris foncé. La journée est assez longue et le sac pèse plus que son poids réel.
À midi, il m'arrive un miracle, qui prend la forme d'un bar : le Carré d’As, à Meurchin. On m’offre un coca, un café. Je discute avec Xavier qui me glisse de la monnaie pour les prochains cafés. L’ambiance est vivante, sans chichis. Je me sens chez moi dans un endroit où je ne suis jamais venu. C’est peut-être ça, la définition la plus précise du mot accueil. Je repars un peu plus léger.
Traverser Lens, ce n’est pas une révélation esthétique, disons-le franchement (pardon les Lensois, je vous aime déjà pour autre chose). Je passe à côté du stade Bollaert, monument presque sacré ici. Le Louvre-Lens est à 300 mètres. Je pourrais y aller. Mais non. Flemme. Et puis, je me dis que ça me fera une bonne excuse pour revenir un jour. Parce que sinon, soyons honnêtes, je ne vois pas trop pourquoi je reviendrais. (Deuxième pardon).
Le soir commence à tomber quand j’arrive à Vimy. Les refus s’enchaînent. Toujours polis. Toujours un peu gênés. Je comprends, ouvrir sa porte à un inconnu, ce n’est pas rien. Une famille m’offre quand même un café, quelques minutes au chaud, mais l’idée de m’héberger pour la nuit les met mal à l’aise. Je repars. Je sonne encore. D’autres refus. Le sac redevient lourd, pas tant sur le dos que dans la tête.
Et puis, enfin, je tombe sur Joey et Isabelle. Dès l’entrée, quelque chose s’aligne. Joey est ancien pompier, anime un club de marche nordique, passionné de théâtre. Forcément, ça crée des ponts. Ils m’offrent des gaufres, du café. On me propose une douche, puis une lessive pour mes vêtements. On s’installe devant la télé, mais elle reste en arrière-plan. On parle surtout. De la région, de leurs parcours, de la vie qui passe et qui laisse des traces différentes chez chacun. Leur fils, Jules, arrive et c’est son anniversaire. Pour fêter ça, tarte au maroilles. J’en ai mangé chez Pénélope il y a deux jours. Et pourtant, c’est toujours aussi bon. Trop bon !
On enchaîne avec une partie de Skyjo. Je perds contre eux trois. La fatigue finit ensuite par nous attraper, et chacun rejoint son petit cocon pour la nuit...