Je quitte Bapaume le matin avec un cadeau inattendu. La famille Zuliani m’offre un maillot de la ville, celui du club de course. Je repars avec ce maillot sur le dos, comme un encouragement pour la suite.


Le releveur me fait toujours mal. La douleur est là, bien présente. Et pourtant, en marchant, ça passe. C’est presque cruel. Parce que si la douleur était trop forte, j’aurais une vraie raison de m’arrêter. De faire une pause. Et, au fond, j’en ai envie. De m’arrêter. Ou au moins de souffler.


Mais si ça va mieux en marchant, alors je n’ai plus d’excuse. Et ça, mentalement, c’est très dur. Le combat se joue surtout dans la tête.


La pluie tombe toute la journée. Une pluie continue, froide, qui ne laisse aucun répit. Mes mains passent leur temps à geler, dégeler, puis regeler encore. C’est pénible. Mais ce qui pèse le plus, c’est ce que cette pluie fait à l’intérieur. Elle ralentit tout. Elle alourdit les pensées. Elle donne envie de s’arrêter.


À l’arrivée à Péronne, un McDo me fait de l’œil. Juste là. J’y entre. Je mange un énorme Big Mac, et sans prévenir, des souvenirs reviennent. Mon papa qui venait parfois me chercher à l’école le midi. On allait au McDo, on regardait un film. Les trajets en voiture pour rentrer, le sac posé près des pieds pour garder les burgers chauds. Ça me fait du bien d'y penser, bien plus que je ne l’aurais cru.


Le soir, je sonne à Péronne. Et chose rare, la première maison m’ouvre. Ce sont Anette et Jean-Pierre. Ils me mettent tout de suite à l’aise. Café, petits biscuits. Leur petite-fille a vécu une aventure similaire, à loger chez des inconnus, parfois dans des granges, alors ils comprennent ce que je vis


On discute de mon projet, de leur ville, de leurs voyages avant de se poser. Puis on se met devant la télé, sur Arte. Il y a quelque chose de très apaisant dans cette fin de journée ordinaire.


Le dîner est incroyable, c'est soupe à la courgette (un délice, je pèse mes mots), puis carbonnade flamande. Je réalise, un peu amusé, qu’en ce moment, chaque soir ressemble à un repas au restaurant. En dessert, fromage et glace.


Anette et Jean-Pierre sont drôles, souriants, profondément bienveillants. Ils ont gardé quelque chose de très vivant, presque juvénile, dans leur façon d’être. Et surtout, une grande ouverture à la discussion, à l’échange, à l’autre.


Ce soir-là, malgré la pluie, la douleur au pied et les doutes, je me couche avec cette sensation d'être là où je devais être.