Le matin, à Grugies, je partage un dernier café avec Malika avant de partir. Je repars avec un moral plus stable, plus clair.
L’étape entre Grugies et Tergnier est agréable. Je marche lentement, sans chercher à aller vite. Je me rends compte que ça me fait du bien. J’ai longtemps cru que j’avais besoin d’avancer rapidement, presque pour me rassurer, pour me dire qu’un jour j’arriverai au bout. Mais en fait, prendre mon temps apaise aussi bien le corps que l’esprit. Quand le corps se pose, la tête suit.
J’arrive à Tergnier en fin de journée. Je sonne à deux maisons, puis à une troisième, une belle façade avec encore des décorations de Noël aux fenêtres. C’est Odette qui m’ouvre. Elle travaille au sein de l’équipe municipale et est engagée dans une association qui organise la fête des maqueux de sauret de Tergnier. Très vite, je sens une énergie forte, chaleureuse. Odette a élevé seule quatre enfants. Elle a aujourd’hui quatre petits-enfants.
On s’installe dans le canapé et on regarde Ballerina, un film de l’univers de John Wick. Son fils Nicolas est là aussi. Sourire franc, très à l’écoute. Il me raconte son parcours, une période où il a été SDF, où il a connu la solidarité de près. Plus tard, il a fait du Airbnb chez lui, rencontrant des gens de partout dans le monde. C’est comme ça qu’il a voyagé, sans bouger. Puis, en devenant conducteur de bus, il a eu l’occasion de découvrir un peu la France autrement.
Le dîner est délicieux : soupe, puis crêpes. Une soirée simple, chaleureuse, généreuse. Odette et Nicolas me parlent ensuite de Tergnier. J’ai en face de moi deux passionnés, fiers de leur ville et de son histoire. Tergnier, cité cheminote, cinquième gare de triage de France. La maison d’Odette a cent ans. Elle fait partie des dix maisons restées intactes après la Seconde Guerre mondiale. Elle est là, debout, comme un témoin discret du passé.
C'est incroyable comme Odette est une femme forte, courageuse, et profondément inspirante. Une de ces personnes qui n’ont pas besoin de se raconter pour impressionner, sa présence suffit.
Avant d’aller dormir, elle me dit simplement : "le monde est merveilleux". Et ce soir, malgré la fatigue, malgré les kilomètres, je me dis qu’elle a peut-être raison.