Le matin, je quitte Odette et Nicolas après un petit-déjeuner qui me fait sentir un peu plus humain. Café chaud, tartines…et une bonne humeur qui met de bonne humeur pour la journée. Ils me souhaitent bon courage et m’invitent à revenir à Tergnier. Avec tout ce que je sais désormais de cette ville, j’espère bien y revenir un jour. La promesse flotte encore dans l’air humide quand je m’éloigne.


Je pars lentement. Le releveur est là, mais beaucoup moins douloureux encore qu’hier. Pas question de forcer. Le corps m’impose son rythme. Je savoure cette lenteur, ce temps que je me donne. Le midi, je m’arrête dans un petit café. La soupe préparée la veille par Odette me réchauffe de l’intérieur, et quelques carrés de chocolat partagés par Nicolas y ajoutent un goût réconfortant. J’ai ce sentiment rare d’être chanceux, simplement pour ces petites choses.


L’après-midi, mon téléphone s’agite. Florence, une dame que j’avais contactée via Couchsurfing pour Laon, m’envoie des messages sur tous les réseaux possibles. Elle a vu mon message malgré des problèmes avec son compte, et elle à même contacté l’association Entourage pour me joindre. C’est drôle, un peu flippant, mais surtout incroyablement gentil. Je lui réponds et nous convenons d’un rendez-vous vers 17h, après qu’elle ait partagé le goûter avec son petit-fils.


L’arrivée à Laon est spectaculaire. Enfin, surtout le point de vue. Car pour atteindre la ville haute, il faut gravir 270 marches. 270 marches après 30 kilomètres. De là-haut, la vue est magnifique : les toits rouges se déploient comme des petites pierres, les collines de l’Aisne s’étendent à perte de vue, et la lumière grise du ciel nuageux glisse sur les remparts anciens. 


Je m’assois quelques minutes près du parc. Une femme et un homme viennent vers moi.. L’homme est médiateur social de la ville et veut vérifier si je suis en détresse ou sans logement. Je leur indique que je ne le suis pas et nous discutons un peu de la précarité à Laon. Le temps est court, leur camionnette doit bouger pour laisser passer les voitures, mais l’échange est chaleureux. C’est exactement ce que j’aime dans ce voyage, toutes ces petites rencontres impromptues, qui peuvent aussi bien durer 5 minutes comme plusieurs heures.


Je retrouve ensuite Florence, sa sœur Catherine, qu’elle héberge le temps de la guérison de son bras cassé, et son petit-fils Marius. Ce dernier est méfiant, pas question de me serrer la main, ni de me laisser m’asseoir sur le canapé. Florence, avec un humour exquis, tente de le rassurer : “Normalement il ne va pas te manger… à moins qu’il ait faim… tu as faim, Nathan ?” Je ris tout seul, admiratif de son humour et de la manière dont elle fait de la place pour moi dans son quotidien.


Les deux sœurs me racontent leur incroyable aventure, elles ont parcouru près de 500 km à pied, entre l’Aisne et Bergheim, toutes les deux,et avec leur grande sœur, en deux fois quinze jours. Elles voulaient montrer qu’elles pouvaient accomplir un défi physique et se prouver quelque chose à elles-mêmes… et à leurs sept frères. Je suis admiratif. Les détails de leurs rencontres, la chaleur d’une douche après une journée sous la pluie, la camaraderie, tous leurs retours d’expériences me parlent profondément. Et voir cette proximité entre elles, même à 60-70 ans, me bouleverse.

Je fais ensuite connaissance avec Pierre et Justine, les parents de Marius. Ils sont solaires, drôles, et leur accueil est immédiat. On partage un apéro improvisé, et je ris autant que je bois. Le soir, Florence me propose une visite nocturne de Laon. Je dis oui immédiatement. La ville, illuminée, est à couper le souffle. Florence partage la ville avec le cœur sur la main et me remercie plusieurs fois de ma présence, mais c’est moi qui suis reconnaissant pour tout ce qu’elle partage.


Laon est une ville belle, vivante, étonnante. Désolé les Ternois, mais pour moi ce soir, du haut des remparts, Laon est la plus belle du monde.


Je me couche fatiguée, avec un ventre un peu capricieux. Malgré le sommeil difficile, je sens que ces dernières journées m'ont donné un vrai souffle pour les prochaines étapes.