Le ciel est bleu ce matin. Ça joue beaucoup, surtout quand le corps traîne un peu la patte.
La fatigue est là, et le mental encore fragile par endroits. Mais je sens surtout ce mal de ventre apparu dans la nuit, qui ne me lâche pas. Des crampes, une sensation de ventre retourné, comme un début d’intox ou quelque chose de mal digéré. Ça ne me semble pas dramatique, mais c’est constant. Je compose avec.
Malgré ça, la journée passe étrangement vite. Le releveur va mieux, le mental aussi, progressivement. Le beau temps y est pour beaucoup. Marcher sous un ciel bleu ne guérit rien mais allège tout. Le ventre continue de râler, mais c’est supportable. Bref, je marche encore.
Florence m’a donné le contact de deux amis à elle, Bruno et Florence (oui, encore une Florence). Elle est en chorale ce soir, mais Bruno sera là et a accepté de m’héberger. Encore une preuve que ce voyage est aussi une affaire de transmission, on se passe les humains comme des relais.
J’arrive un peu tôt à Villeneuve-sur-Aisne où je m'installe quelques minutes au bar du coin. La gérante m’accueille avec chaleur. On discute. Elle me raconte qu’elle a hébergé un homme sans domicile pendant plusieurs mois. Elle est encore très émue en évoquant son décès. On parle de son métier, de ce qu’on voit passer dans un bar, des solitudes, des habitudes, des failles. De l’ouverture aux autres aussi…Ça fait chaud au cœur de voir autant d’humanité, encore et encore, partout où on passe.
Puis j’arrive chez Bruno. Il me sourit immédiatement et me parle comme si on se connaissait depuis toujours. Il est sincèrement heureux de m’accueillir, et ça se sent. Bruno me raconte qu’il est parti seul à six ans en vacances avec sa tente. Six ans. Seul. Je reste bouche bée.
Ensuite, le programme c'est un petit apéro avec de grands verres de coca. Puis steak-frites. Et des carrés de chocolat pour finir. On regarde enfin Breaking Bad sur le canapé. Bruno s’endort en plein épisode et ronfle doucement. Ça me fait rire.
Il me répète plusieurs fois “fais comme chez toi”. Et je le fais vraiment. Je me sens bien. Chaleureusement accueilli.
Le corps est encore bancal, le ventre un peu capricieux, mais être allongé avec un plaid devant une série, ça me donne l’impression que je pourrais tenir encore une bonne dizaine d’années.
J'éspère que la nuit sera bonne...(elle ne le seras pas.)