Le matin, Patrick est déjà sorti. Il revient avec des croissants aux amandes et des pains au chocolat, comme si la journée avait décidé de bien commencer sans me demander mon avis.
Je me régale. Le café coule, les phrases aussi. Avant que je parte, ils me glissent en plus un pâté lorrain pour la route. Je suis gêné d’être autant gâté. Ce sont ces gestes-là, simples et gratuits, qui restent longtemps après. On parle encore un peu de la région, de la Meuse, de son histoire, autour d’un dernier bol de café. Il y a dans leurs mots un attachement calme, sans nostalgie excessive, juste la conscience de ce qui a compté et de ce qui compte encore.
La matinée est ponctuée de quelques averses. Rien de méchant, mais assez pour rappeler que je marche dans un pays qui ne cherche pas à faire joli pour les photos. Vers la fin de la matinée, le ciel se dégage franchement, comme s’il s’était lassé de faire semblant.
Je m’arrête dans un café à Void , histoire de boire quelque chose et surtout de m’étirer un peu. L’après-midi file sans que je m’en rende compte. J’ai l’impression d’arriver directement à Foug sans transition.
Mais la réalité reprend ses droits. Je fais toute la ville. Il y a beaucoup de portes closes, de maisons entièrement fermées, et de refus. Rien de désagréable, mais une accumulation qui use un peu.
Après 17h30, je tombe sur une dame qui discute avec un homme et son fils devant une maison. Je m’approche, je les interromps avec précaution, et je demande s’il serait possible d’avoir un toit pour la nuit. La dame va consulter son mari à l’intérieur. Pendant ce temps, le jeune papa me dit qu’il pourra m’accueillir si la réponse est négative. Finalement, ils ressortent et acceptent volontiers de m’héberger. Merci Éric et Véro !! Vous avez sauvé ma journée.
Je me sens tout de suite à l’aise chez eux ! Éric est tout juste retraité, grand sportif, traileur. Il a couru l’Ultramarin, 175 kilomètres, et en parle sans emphase, comme on parle d’une longue balade. Véro est assistante maternelle et elle a ce sourire constant qui donne l’impression que les choses vont forcément bien se passer.
On discute longtemps, assis confortablement dans le canapé. Ils sont étonnés par le projet, presque touchés, et moi je le suis de les voir réagir ainsi. J’apprends qu’ils vont bientôt déménager dans le sud, près de Nîmes, pour se rapprocher de leur fille. Ils en parlent avec fierté.
Félicitations à elle d’ailleurs pour sa dernière course à pied, ce week-end, où elle a apparemment brillé ;)
Le soir, ils proposent de m’offrir un kebab, juste en bas de la rue. Je suis sincèrement enthousiaste. Ça faisait des années que je n’en avais pas mangé. Il est énorme, délicieux. Malheureusement, en dessert, ils n'ont qu'un parfum de yaourt...ce qui est évidemment un drame national, mais je m’en remets très bien. Je rigole bien sûr, il est fait maison, fondant, excellent !
Un peu plus tard, leur voisin Michel arrive avec des beignets pour regarder PSG-Monaco ce soir. Au début, il ne croit pas un mot du projet quand Éric et Véro lui en parlent, il pense qu’on lui fait une blague.
La soirée est douce, reposante, rythmée par un match intense, des beignets que je grignote sans compter et un petit déca partagé tranquillement. Je me couche avec cette sensation rare d’avoir été attendu quelque part sans même le savoir.