Ce matin, Éric revient de la boulangerie avec une baguette encore chaude, dont la croûte chante sous les doigts quand on la rompt. Le café fume sur la table, le jus d’orange attrape la lumière blanche du jour, et pendant quelques minutes, le monde semble tenir dans cette cuisine tranquille, entre le beurre qui fond et les conversations à voix basse.


Michel, le voisin, est passé quand je dormais encore ce matin pour m'apporter une brioche poudrée de sucre glace. Et il aurait pu se contenter de cet geste merveilleux, mais il est ensuite venu me dire au revoir sur le pas de la porte !


Il neige déjà. Lorsque je quitte la maison, les flocons ont commencé à tomber franchement. La neige adoucit les contours, efface les bruits, ralentit le paysage. Je longe le canal de Foug à Toul. Je marche au milieu de cette lenteur cotonneuse avec un émerveillement d’enfant. C’est beau, d’une beauté simple et totale.


Vers onze heures trente, un peu après Toul, je m’abrite sous un porche pour faire une pause, et déguster la brioche offerte par Michel.


L’immobilité, comme toujours, change tout. L’humidité accumulée dans les gants devient une ennemie, mes doigts refroidissent, se figent, et la neige qui m’enchantait quelques heures plus tôt devient une épreuve. Le froid s’installe dans les jointures, dans les replis, dans les pensées. Je repars avec cette lourdeur un peu ingrate qui transforme le paysage en distance à parcourir.


Mais la chaleur revient, là où je ne l’attend pas. À Verlaine-en-Haye, alors que je m'arrêtais pour prendre un café, la pizzeria La Diligence m’ouvre ses portes comme on ouvre un refuge. Myriam et Cristelle m’offrent même une pizza fumante, généreuse, dont la chaleur traverse les mains avant même d’atteindre le ventre ! Nous parlons, nous rions, et je sens à nouveau cette vérité qui revient à chaque étape. La route n’est jamais seulement une ligne sur une carte, elle est faite de visages.


Le soir, après avoir répondu aux questions d'une journaliste de l'Est Républicain (bientôt un article ;)) à Nancy, Luca m’accueille chez lui. Il était sur l'application Couchsurfing et à accepté de m'héberger. Ça m'évite également de chercher un logement dans une grande ville.


Luca est un kiné et un voyageur infatigable. Il a sillonné l’Europe et la France en stop, avec pour seule maison sa tente. Il a passé également un an et demi en Australie à travailler ça et là. Nous parlons longtemps d’estime de soi, de ces fondations invisibles qui déterminent nos élans et nos retenues. Il me parle de corps, de posture, de la manière dont on habite l’espace quand on commence enfin à s’accepter. Il ne traverse pas un passage agréable de sa vie, mais fait tout ce qui est en son pouvoir pour s'en sortir, et c'est réellement inspirant.


Dehors, la pluie continue de tomber, à moins que ça ne soit de nouveau de la neige, je ne sais pas.


La journée s’est déposée en moi comme elle s’est déposée sur les chemins : couche après couche. Et la dernière du jour, c'est celle dans laquelle je vais faire une belle petite nuit !