Le matin, à Héming, commence avec cette douceur simple des départs sans tension. Un bon café, des poignées de biscuits Granola que je pioche sans retenue, comme si j’avais encore huit ans.


Il est temps de repartir. Direction Saverne, puis un train vers Strasbourg où mes parents m’attendent. Ils sont venus profiter de l’Est, disent-ils. Officiellement pour les paysages. Officieusement pour voir leur enfant chéri, moi.


Je quitte le village avec cette sensation étrange de marcher vers une pause, et la journée file vite. Le canal m’accompagne encore, fidèle comme un vieux compagnon de route. À Sarrebourg, je m’arrête dans une médiathèque pour déjeuner. J’aime ces lieux silencieux où l’on peut poser son sac sans être suspect. Entre deux rayonnages, je déballe les sandwichs préparés par Marie le matin même, avant de repartir.


Le pas devient rapide. Très rapide, même. Je sens l’aimantation du train, l’idée de Strasbourg, et derrière elle le visage de mes parents. Quand on sait qu’un quai vous attend, on accélère sans s’en rendre compte. Les kilomètres tombent comme des dominos bien alignés.


J’arrive à Saverne assez tôt. Dans le train, le paysage défile, et pour une fois, ce n’est pas moi qui le traverse. C’est lui qui me traverse. À peine sorti à Strasbourg, l’air change. Les façades à colombages semblent raconter quelque chose. La ville a une rigueur presque allemande dans les lignes, et une fantaisie française dans les détails. Je suis fan, immédiatement.


Je finis par retrouver mes parents dans l’appartement qu’ils ont loué. On parle. On rit. Le soir, on mange une tourte immense et réconfortante. Je ne traîne pas. Je fonce vers mon lit comme un enfant après une journée trop pleine. Demain, je ferai Strasbourg-Saverne à pied.


Mais ce soir, je dors.