Aujourd’hui, c’est sans doute la plus belle étape que j’ai faite depuis longtemps. Déjà parce qu’elle commence avec une grande tasse de café, un baguette fraîche avec du beurre, des pains au chocolat et des croissants. Ensuite parce que j’ai vraiment bien dormi, et que je partage encore un dernier moment tranquille avec mes hôtes avant de partir. On discute un peu, on traîne un peu aussi. Et enfin, grâce au paysage. Je commence par grimper dans les vignes au dessus de Voiteur, jusqu'à Château-Chalon. La montée tire dans les jambes, mais la vue y est incroyable. Voiteur apparaît en bas, posé dans la vallée, et tout autour les collines jurassiennes se déploient tranquillement. Je redescends ensuite, pour mieux remonter, puis redescendre encore. Le relief du Jura est comme ça, ça ne cesse jamais vraiment.
J’arrive finalement à Baume-les-Messieurs, un village absolument magnifique, niché dans un cirque de falaises. Et surtout, je découvre la cascade des Tufs. Elle est impressionnante. L’eau tombe en rideaux sur la roche couverte de mousse verte, et ça produit un son apaisant à la fois. Je pourrais rester là longtemps à regarder simplement l’eau tomber le long de cette roche un peu bombé.
Je remonte ensuite par un petit sentier sinueux, bloqué par plein d’arbres tombés. Je dois me faufiler dessous, ramper parfois. À un moment je glisse un peu et je m’écorche les genoux. Et j'ai pas mes parents pour me faire un bisou magique. Super...
Je finis par tomber à nouveau, mais cette fois sur une vue incroyable ;) J’arrive ensuite assez vite à Lons-le-Saunier. Je voulais faire une procuration pour voter, mais le commissariat et la gendarmerie sont tous les deux fermés alors que Google Maps disait le contraire. Encore une preuve qu’il ne faut jamais faire une confiance absolue à Google. Je repars donc tranquillou, en passant par le joli village de Montaigu, avant d’arriver à Macornay.
À l’entrée du village, il y a un match de foot. Toute la population semble être là. L’ambiance est joyeuse, ça crie un peu, ça applaudit. J’hésite à aller faire un tour à la buvette mais je suis à peu près certain qu’ils ne servent pas de galettes saucisses ici. Alors ça ne vaut pas vraiment le coup.
Je commence donc ma petite tournée pour trouver un endroit où dormir. Quelques refus, comme d’habitude. Et puis, au moment où je quitte une maison, une dame m’interpelle derrière moi, depuis la maison d’à côté. "Vous cherchez un logement pour ce soir ?" Je lui réponds que oui. Et elle m’invite directement chez elle. C’est la première fois que ça m’arrive comme ça. Je vais donc dormir chez Marion, et sa compagne Magalie qui rentrera plus tard. Dans un vrai lit, en plus.
Ce qui est assez drôle, c’est que toutes les deux sont bénévoles au fameux festival les rendez-vous de l’aventure de Lons le Saunier. Elles ont donc déjà hébergé pas mal de marcheurs et de cyclistes de passage dans le cadre de ce festival.
Elles viennent tout juste d’emménager ici après avoir commencé les travaux en septembre. Et je suis le premier inconnu à dormir dans la maison.
Marion est aussi bénévole au centre Athénas et passionnée par la faune sauvage. Elle me dit qu’elle est parfois plus à l’aise avec les animaux qu’avec les humains. Elle a installé quelques caméras dans la forêt autour de chez elle et a déjà aperçu un lynx. Elle me montre ce qu'elle à filmé et je trouve ça complètement fascinant.
Je prends ensuite une douche pendant qu’elle part promener ses trois chiens, et je réalise à quel point la confiance qu’elle m’accorde est immense. Une heure à peine après m'avoir rencontré, elle me laisse seul chez elle. Je trouve ça à la fois courageux et très beau.
Quand elle revient, on cuisine ensemble. Enfin, surtout elle. Moi j’aide comme je peux. On prépare un gratin et une tarte au citron.
Avant ça, un petit apéro. Je goûte au Pontarlier-Guy, une sorte de Ricard local. Le goût est presque le même. Mais un peu meilleur car il est fait par un Guy. Je découvre aussi la cancoillotte, un fromage du coin, coulant.
Marion est hyper énergique, solaire. On parle beaucoup de voyage, du rapport aux autres, un peu de jardinage aussi, et du voisinage. À chaque fois que je passe une soirée chez quelqu’un, j’ai l’impression de découvrir un petit morceau du quartier où ils vivent, et donc par ricochet, un petit morceau d'eux.
Magalie arrive pendant le dessert, après un long trajet en voiture. On discute notamment de son aventure de mille kilomètres à vélo, avec un groupe de personnes qui n’étaient pas sûres d’en être capables, certaines notamment avec des difficultés de mobilité. Elle raconte ça avec des étoiles dans les yeux. Et c’est très touchant.
La fatigue nous rattrape tous assez vite. La journée a été physique pour tout le monde. Pour Marion dans son jardin, pour Magalie dans la voiture et pour moi dans les côtes.
Il est donc temps d'aller se coucher. J'espère que ces petites étoiles entendues dans leurs récits vont m’accompagner dans mon sommeil cette nuit.