Je partage le petit déjeuner avec Magali et Xavier aux aurores. La lumière du matin passe doucement par la fenêtre, et on parle tranquillement autour d'un café. Magali part bientôt pour son opération, alors je les remercie encore une fois pour leur accueil de la veille.


Puis je remets le sac sur le dos et je reprends la route, en direction de Saint André de Corcy. Je suis plutôt en forme aujourd’hui. Pas dans les jambes, mes pieds continuent de faire leur petit festival et chaque pas avec mes ampoules est une petite horreur, mais dans la tête. Je sais qu’une journée de pause m’attend à Lyon dimanche, et cette idée agit comme une batterie externe pour le moral.


L’étape est agréable. Le ciel menace un peu, mais il ne pleut pas, alors que la météo avait pourtant prévu l’inverse. Comme souvent, la météo se trompe, et comme souvent, ça m’arrange.


À midi, je m’arrête au bord du chemin avec ma petite cantine de marcheur, une baguette et une boîte de sardines. L’étape passe vite. J’écoute beaucoup de musique aujourd’hui. Parfois marcher toute la journée dans le silence est merveilleux, mais parfois on a juste besoin d’un peu de compagnie sonore pour mettre un peu d’ordre dans ses pensées.


Le soir, en arrivant à Saint André de Corcy, la recherche d’un toit commence. Et elle commence mal. Les refus s’enchaînent. Ça arrive souvent, mais ce soir ils sont un peu plus secs que d’habitude. "Qu’est-ce que vous faites sur mon terrain ? Vous n’avez rien à faire là." "Ah vous faites dans le social ? Non désolé…" Bon. Ce n’est pas exactement le genre de phrases qui donne envie d’écrire un poème sur l’humanité.


Je commence à sentir la fatigue de la journée et le moral descend un peu. Et puis, comme souvent dans cette aventure, il suffit d’une seule porte pour que tout change. Brigitte et François m’ouvrent. Ils m’écoutent raconter mon histoire et acceptent de m’héberger dans une des chambres de leurs petits-enfants. On partage un café autour de la table de la cuisine. La conversation est simple, fluide. On parle de la vie ici, de la ville, de la montagne, des marches qu’ils ont faites. Brigitte me montre ensuite la douche, puis la cuisine pour que je puisse me préparer à manger. Ils retournent tranquillement à leurs occupations pendant que je profite d’un luxe immense, une fin d’après-midi à ne rien faire. Juste être allongé sur un lit. Sans marcher. Sans réfléchir.


Plus tard, je me cuisine des pâtes. Je mange après eux, dans le calme de la cuisine. Avant de partir se coucher, François et Brigitte repassent me voir, et Brigitte me propose un morceau de tarte aux pommes. Évidemment, je ne peux pas refuser.


Et puis, doucement, la maison s’éteint et les lumières disparaissent une à une.