Chez Marie Claude et Jean Marc, j'ai dormi comme un gros bébe. Petit-déjeuner partagé ce matin avant de reprendre la route. La montée vers Saint-Montan commence doucement. Et puis le village apparaît. Les ruelles y sont étroites et pavées, les maisons en pierre sèche semblent avoir poussé là depuis toujours, serrées les unes contre les autres comme pour se tenir chaud. Les façades ont une couleur chaude, entre le beige et l'ocre, que la lumière de fin de matinée rend presque dorée. 


Je poursuis vers Saint Remèze en montant doucement. Et là, quelque chose se passe, ou plutôt, rien ne se passe. Seulement l'odeur de l'été. Quelques insectes font leur bruit, accordé à celui de mes pas. Je me sens bien avec cette évidence simple d'être exactement là où je dois être. Ça fait du bien de le noter, parce que ce n'est pas toujours le cas, et quand ça l'est, autant le reconnaître.


Je réécoute aussi tous les albums de Ben Mazué en boucle. Ça faisait longtemps. “Tony Micelli” tourne en boucle dans mes oreilles, avec ce quelque chose d'indéfinissable dans le rythme, cette façon qu'a la chanson d'avancer sans qu'on sache vraiment où elle va, et d'arriver quand même quelque part. Parfait pour marcher.


À Saint Remèze, pause pain-pâté sur un coin de muret, suivie d'une séance d'étirements et de renforcement musculaire à côté de la chapelle. Les jambes me disent merci, ou du moins elles le diront demain.


Je cherche ensuite où passer la nuit, je cherche quelques maisons, un quartier calme. Et là, devant un portail, j’aperçois un carrelage. Une coquille Saint-Jacques. Je m'arrête, je tente ma chance et je sonne. C'est Henri qui m’ouvre. Il accepte sans hésiter. Son chien, Néron, accepte encore plus vite, et avec beaucoup plus d'enthousiasme physique. Pendant que je monte ma tente, Néron entreprend de me féconder à plusieurs reprises avec une détermination sans faille, agrippé à ma jambe. 


Après avoir installé ma tente, Simone, la femme d’Henri, rentre. Elle m'invite à m'asseoir, sort un Schweppes, et la conversation s'installe naturellement. Ils ont de la chance, leur fils et leur fille habitent tous les deux dans un rayon de quatre kilomètres. La maison est une maison de passage.J’apprends que la coquille sur leur portail n’est pas là par hasard, ils ont fait Compostelle. Par petits bouts, sur plusieurs années, et ils l’ont terminé en 2013. Simone en parle avec les yeux qui s'allument. Si son genou le lui permettait, elle repartirait demain matin.


Je lis un moment près de ma tente, à l'ombre, avant d'être invité à passer à table. Le repas : pain et pâté, feuilles de blette en sauce tomate avec des saucisses. Je me ressers. Et c'est là que je renverse le pot de cornichons, intégralement, avec la sauce, sur la table. Silence d'une demi-seconde, puis ils éclatent de rire. Moi aussi, mais avec ce fond de honte du type qui vient d'inonder la nappe chez des gens qu'il connaît depuis trois heures. La table est couverte de cornichons et de jus. J'ai envie de tremper mon pain dans la sauce mais je me retiens. Il faut garder un minimum de civilité.


La soirée file sans qu'on voie l'heure passer. Les discussions sont fluides, légères, sans temps morts. Henri et Simone sont souriants, curieux, contents de recevoir. 


Il est 23h30 quand je rentre dans ma tente. Dehors, il fait encore bon. L'été ardéchois ne fait que commencer.