Ce matin, seuls les deux enfants sont debout en même temps que moi. Le reste du groupe dort, éparpillé quelque part dans la maison après la soirée d'hier. Je prends un bout de pain, un fruit, et j'essaie de remettre un peu d'ordre dans le chaos de la veille, ranger deux trois bricoles. Je laisse un mot sur la table et je repars. Six heures de sommeil dans les jambes, Cabrel encore vaguement dans la tête.
Le Serre de Barre m'attend. Ça monte raide, vraiment raide, mais j'aime accélérer dans les montées. J'arrive au sommet une heure avant mes estimations. La vue est belle. Le vent se lève, quelques gouttes tombent, légères. Je reprends.
Le chemin qui suit est sinueux, les cailloux humides, glissants par endroits. Je manque de tomber plusieurs fois. Je remercie mentalement mes parents d'avoir eu la bonne idée de faire ressemeler mes chaussures Décathlon, des semelles trop plates pour ce genre de terrain, rattrapées par une vraie semelle collée dessous. Ça m'a sauvé plusieurs fois ce matin, et probablement d'autres fois sans que je m'en rende compte.
J’entame ensuite ma pause repas entre quelques arbres : le reste du saucisson au roquefort d'Henri-Pierre, des sardines, du pain, quelques barres céréales. Et puis la reprise. Je me sens fatigué, j’ai été soit trop rapide dans la montée, soit la nuit à été trop courte, probablement les deux.
L'étape est pourtant courte, mais elle passe lentement, avec cette lourdeur dans les jambes qui transforme chaque kilomètre en deux.
Villefort, enfin. Je m'arrête dans un café et je commande une gaufre au Nutella. C'est exactement ce qu'il me faut, exactement au bon moment. Je m'assieds, je souffle, je laisse passer un peu de temps.
Je sonne ensuite à deux maisons, on me redirige gentiment vers le gîte d'étape du coin. Je m'arrête un moment sur cette option. D'habitude je cherche une table, une conversation, et ce que je peux offrir en échange d'un toit, c’est ma présence et mon écoute. Or, ce soir, je n'ai peut-être ni l'un ni l'autre à donner vraiment.
Je sonne au gîte, et je me retrouve dans un dortoir pour moi seul. Dehors, le vent fait trembler les volets. La pluie commence à battre contre le Velux au dessus de ma tête. Je prends une douche, je mange un morceau, je regarde une vidéo, et je m'endors profondément.
Demain, on verra.