Ce soir, dans ce journal, j'ai voulu écrire ce qui s'était passé aujourd'hui et j'ai réalisé qu'il s'était rien passé. Quinze kilomètres, un pont, deux villages. 


J'ai mangé un de mes lyophilisé à midi, assis sur un muret, avec l’eau chauffée par mon réchaud, sous un soleil juste assez présent pour ne pas que j’attrape froid. J'avais faim, j'ai mangé. Il m'en reste encore un dans le fond du sac, et il y a une supérette à dix kilomètres d’où je suis, pour demain, donc tout va bien, tout est sous contrôle. Est-ce que j'ai de quoi manger demain ? Oui, alors c'est bon.


Ce soir je suis allé dans une pizzeria. J'ai commandé sans réfléchir. J'ai mangé lentement, au bout de la terasse, avec une vue imprenable sur les gorges du Tarn.


Ma tente est planté dans l’ancien camping municipal de La Malène, laissé à l’abandon par la mairie, caché derrière un arbre. Le village est petit, il n’y a que des personnes qui ont loué des gîtes pour les vacances. 


De retour dans la tente, j'ai ouvert mon livre. Et puis quelque chose s'est passé, j’ai senti comme une pointe dans la poitrine, au niveau de mon cœur, ou l'idée que je m'en fais. Probablement rien. Sûrement rien. Je suis sorti quand même.


La nuit était douce, le village silencieux. J'ai marché un peu sans destination, juste pour sentir que tout fonctionnait, que les jambes répondaient, que l'air entrait et sortait normalement. J'ai mis de la musique dans les oreilles. Et ça a suffi, comme ça suffit toujours, pour atténuer ces petites frayeurs psychologiques qui surgissent de nulle part et repartent de la même façon, sans laisser d'explication.


Je suis rentré dans la tente, je me suis rallongé. Parfois une journée où il ne se passe rien réserve quand même un moment comme celui-là, seul dans le noir, à écouter de la musique pour se convaincre que tout va bien. Et tout allait bien.