J’ai bien mieux dormi qu’hier. Je repars ce matin sans même sortir la doudoune du sac.


L'étape passe vite, entre podcasts et émissions d'actualités dans les oreilles pour préparer un de mes oraux de master. J'essaie quand même de lever les yeux de temps en temps, parce que les gorges du Tarn méritent mieux qu'un regard distrait. La vue est là, je la prends quand je peux, entre deux analyses politiques.


À midi, je tombe sur un camping. J'entre discrètement et je prends une douche avant de repartir rapidement. Après trois jours sans, c'était une nécessité pour moi et probablement pour les personnes que je croise en chemin.


En fin d'après-midi, j'arrive au Rozier, qui correspond à la frontière entre la Lozère que je quitte et l'Aveyron qui commence. Je me pose, j'appelle des amis, et j'entame le rituel du soir qui consiste à trouver un toit.


Dans les premières rues que j’arpente, je tombe sur plusieurs maisons fermées, volets clos, pas un signe de vie. Je redescends un peu dépité. Et puis j’entends un bruit et j’aperçois une maison avec une porte ouverte. Je tente ma chance et demande si je peux poser ma tente dans le jardin. Pauline vérifie avec Dorian, son mari encore au travail, et c'est oui !!


Pauline est souriante, ouverte, naturellement chaleureuse. Avec sa fille Efi, elle me fait visiter la maison, me montre les toilettes, la douche si besoin. Je plante la tente dehors, prends ma douche, parce que le camping de midi ne comptait pas vraiment et qu’il à continué à faire chaud l’après-midi, et je me retrouve ensuite invité à l'intérieur pour préparer le repas.


Sirop de violette d'abord, délicieux. Et puis je les regarde préparer le dîner, une recette trouvée sur Jow : salade de pâtes au pesto. Pour ceux qui savent, les pâtes au pesto c'est mon plat préféré. J'essaie de contenir ma joie avec un succès relatif. Elles n'avaient pas besoin d'aide en cuisine, elles me l'ont précisé, donc je me contente d'observer et de discuter. C’est mon poste préféré.


On parle beaucoup. J'apprends que demain c'est le dernier jour d'école d'Efi avant les vacances, et au programme c’est petit-déjeuner à l'anglaise et journée déguisée. Elle a tellement hâte que ça se voit sur tout son visage. Pauline, elle, travaille pour O2 comme auxiliaire de vie, et elle m’explique qu’elle est parfois la seule conversation que certaines personnes ont dans la semaine. Elle me dit qu'elle n'a jamais été aussi heureuse dans un travail. Avant elle était vendeuse. Le sens qu'elle trouve aujourd'hui dans ce qu'elle fait est incomparable, et ça s'entend dans la façon dont elle en parle.


Dorian arrive du garage, me serre la main avec un grand sourire direct. Il tient seul son propre garage, les journées sont longues, mais il aime ça.  Ils se sont installés au Rozier il y a très peu de temps, avant, ils étaient dans un village plus grand à un quart d'heure. Le Rozier, c'est 120 habitants hors saison, et l'été ça explose au vu de tout ce qu’on peut y faire : escalade, parapente, canoë…Bref, le coin attire tout ce que la France compte d'amateurs de sports en plein air.


Le repas est délicieux. Efi fait le service avec un sérieux et un enthousiasme qui n'appartient qu'à elle, elle veut ouvrir un café plus tard. On rit beaucoup. Et dans les interstices de la conversation, j'apprends que le chemin de cette famille n'a pas toujours été simple. Des histoires d'escroquerie, une famille compliquée, des coups durs que je ne détaillerai pas ici. Mais ce qui frappe, c'est la façon dont Dorian en parle : avec la conviction tranquille que rien n'est jamais définitivement fixé et qu'on peut toujours se reconstruire soi-même. C'est beau à entendre, surtout dit comme ça, simplement, autour d'une table.


Le ciel s'assombrit sur la terrasse. Dorian et Pauline m'interdisent finalement de dormir dans ma tente et m'installent dans la chambre d'amis. Un vrai lit. Je ne résiste pas longtemps.


On finit la soirée devant une émission sur les champignons, étonnamment captivant. Puis chacun à son tour va retrouver sa chambre. Efi en première, après avoir essayé sa tenue pour demain de princesse rose. 


Ma tenue sera moins originale pour demain, short et t-shirt. Demain, j’arrive à Millau.