C'est le Slovène qui me réveille, dans ce bruit peu discret de quelqu'un qui essaye de l’être dans un dortoir, avec le froissement du sac de couchage et de semelles sur le parquet qui suffit à ouvrir les yeux. Je suis prêt rapidement, après un détour par le U du bas de la rue pour attraper de quoi manger en marchant, et c'est parti.


Les nuages sont là, menaçants, mais ils tiennent leur promesse à moitié, je réussis à éviter le gros de la pluie, marchant vite, les épaules légèrement rentrées dans l'attente d'une averse qui ne vient pas vraiment. Les petits chemins sont jolis. L'Ariège commence à pointer le bout de son nez, les collines se font plus douces, les haies plus denses, et tout ça sent quelque chose.


L'humidité de mai transforme les chemins en couloirs olfactifs. C'est l'été qui arrive sans prévenir, non pas avec le soleil mais avec les odeurs, celles qu'on oublie pendant les mois secs. Je marche le nez en l'air.


Au moment où j'arrive à Mirepoix, le ciel lâche tout. Je me réfugie dans le premier bar venu, ruisselant, et je commande quelque chose de chaud en regardant dehors. Le village est beau, avec ses arcades autour de la place centrale et ses maisons à colombages qui penchent légèrement. 


J'ai marché vite aujourd'hui, j'ai du temps devant moi, et mon dos réclame une pause. Je reste là un moment. J'écris les textes des derniers jours en retard. Sur la télé du bar, les chevaux courent, les cotes s'affichent, les habitués commentent avec l'autorité tranquille des experts. J'écoute. Je commence à comprendre les enjeux, les combinés, les termes techniques du PMU. Je sors du bar sans avoir parié.


Quelques centaines de mètres plus loin, un homme s'occupe de son bois pour l'hiver. Je m'approche. Olivier écoute, hoche la tête, et dit que ça ne pose aucun problème, il a déjà accueilli des gens de passage, il est lui-même marcheur, cycliste, voyageur. Il demande quand même l'accord de Marsia, sa femme.


Marsia dit oui. Chambre d'amis, douche chaude. Le programme est parfait. Après une longue douche, Marsia arrive avec un thé à la menthe. Menthe du jardin, précise-telle, et le jardin en question est magnifique. Avec le thé : des gâteaux bretons. Les Bretons, nous sommes partout. Toujours. Sur les sentiers de randonnée, dans les placards des maisons ariégeoises….


Je découvre que Marsia est brésilienne (les posters de Copacabana au mur, les livres en portugais sur l'étagère avaient pourtant bien essayé de me mettre sur la piste), et qu’elle et Olivier se sont rencontrés là-bas, quand il faisait le tour de l'Amérique latine. Ces deux-là se sont trouvés sur un continent et ont fini par poser les valises au pied des Pyrénées, avec vue sur les sommets et bruit d'oiseaux compris. Je les comprends.


Ils ont habité longtemps dans le Nord, raison pour laquelle ils ne commandent désormais plus de frites, parce qu'ils sont toujours déçus. Et le cassoulet c'est pas vraiment leur truc non plus.


Au dîner : saucisse, purée, et du pain fait maison.  On discute de leurs vies d'avant, l'entreprise de déménagement qu’ils ont lancée à deux.  Ils ont fait Compostelle. Ils réfléchissent à faire le chemin de Stevenson cet été.


Le repas se termine sur un fond de cachaça, un alcool brésilien qui possède l'efficacité d'un somnifère.


Jes les remercie. Je leur dis bonne nuit. Le lit m'attrape avant même que j'aie fini de m'allonger.