Autour d’un petit déjeuner salé sucré, les discussions avec Willy et Astrid repartent d'elles-mêmes comme si on ne s'était pas couché. Je les quitte ensuite sous un ciel encore voilé, ni trop menaçant ni trop rassurant.
Les premiers kilomètres se passent bien. L'étape est courte (oui, j'ai conscience que je dis ça dès que je marche moins de trente kilomètres, ce qui en dit long sur ce que ce voyage a fait de ma perception des distances…). J'arrive à Loures-Barousse sous la pluie, trop tôt pour commencer le tour des maisons. Je trouve un espace jeunes, je m'y abrite, on me laisse souffler le temps qu'il faut (café offert inclus) avant que les enfants arrivent. J’attends alors encore quelque temps sous un abri bus.
Commence enfin ma tournée. Aujourd'hui, je bat un record personnel dans la catégorie “portes qui ne s'ouvrent pas”. Je tombe sur trois maisons avec de la lumière à l'intérieur, du bruit, des signes évidents de vie humaine, et pourtant il n’y a personne qui vient ouvrir. Trois fois. Trois fois la sonnette, trois fois le silence derrière la porte, trois fois cette impression que le village tout entier s'est passé le mot qu’il fallait ne pas voir mon visage.
D’autres refus arrivent ensuite. Ça faisait longtemps que je n'en avais pas eu autant en une seule après-midi.
Et puis je tombe sur deux personnes dans un jardin. Laura, qui habite ici, accepte sans hésiter que je plante la tente. Puis la pluie revient et elle propose le canapé avec la même facilité qu'elle m’avait proposé son jardin.
Stéphane, un ami à elle, est là aussi avec son chien tout plein d'énergie, et on se retrouve tous les trois sur la terrasse à regarder le soleil qui refait son apparition entre deux nuages. La conversation part dans tous les sens. Laura est naturopathe, elle a un projet qui me plaît immédiatement : passer le permis poids lourd pour y installer son cabinet et sillonner la France pour soigner les animaux là où elle sera. La Bretagne l'attire. Je lui dis que la Bretagne attire tout le monde et qu'elle a raison d'y penser.
On va chercher des pizzas dans le village à côté, faites sur place, et on revient s'installer sur les canapés. La maison de Laura est remplie de petits mots, de citations, de rappels à la bienveillance envers soi-même accrochés ici et là. Et puis je tombe sur une machine. Un grand réservoir rempli d’eau. Je demande ce que c'est. Laura m'explique qu’il s’agit d’une eau osmosée, filtrée à l'extrême, débarrassée de tout. Je goûte.
Et c'est de l'eau. Juste de l'eau. Sans rien dedans, sans le calcaire, sans le chlore, sans ce petit goût de tuyau qu'on ne remarque plus parce qu'on y est habitué depuis toujours. C'est étrange et je ne sais pas si j'aime ça ou si je préférais avec ce petit goût de rien.
On finit par jouer à un jeu de société, Cat Lady, jeu que je ne connaissais pas. Le principe est simple : il faut avoir le plus de chats, mais les nourrir tous. Je gagne la première partie alors je deviens rapidement fan. La deuxième partie se passe moins bien pour mes chats. Quelques-uns n'ont pas mangé. Snif
La soirée dure jusqu'à une heure du matin, avec cette façon qu'ont les bonnes soirées de ne pas savoir se terminer. Je m'emmitoufle dans mon sac de couchage sur le canapé moelleux, dans la maison aux mots bienveillants, le ventre plein de pizza, l'esprit plein de rien de particulier.
Bref, apaisé.