Quinze minutes sans pluie. C'est la fenêtre que j’ai ce matin pour plier la tente sans me prendre une saucée. Les toiles sont encore humides, elles le resteront jusqu'à ce soir, posées en équilibre au-dessus de sac. Ça ne séchera pas vraiment.
Je partage un café avec Cathy avant de partir. Jean-Marc est déjà au travail, la maison est calme, et ce moment de chaleur matinal a ce goût des fins de séjour qu'on étire légèrement avant d'accepter qu'il faut y aller. Je la remercie, je reprends le sac.
Le dos dit immédiatement ce qu'il pense du sac. Les marques de brûlures sont encore là ce matin et dès que la bretelle retrouve sa place sur ma peau, le frottement reprend. Il me reste une quinzaine de jours, ça devrait le faire. Ce que je sens aussi dans mes muscles c'est l'addition de tous les jours. La fatigue accumulée qui ne se dissipe plus complètement avec le sommeil. J'ai hâte d'avoir des journées à ne rien faire. Mais il me reste des pas à faire, alors je les fais.
L'étape se passe. Le Pays Basque commence à s'affirmer dans le paysage, les maisons blanches aux volets rouge et vert, les collines rondes, cette façon qu'a la lumière ici de rendre les verts plus verts qu'ailleurs, même sous les nuages. Je marche seul, sans croiser grand monde, avec ces pensées de fin de voyage qui tournent doucement sans vraiment se poser.
J’arrive à Mauléon-Licharre en fin d'après-midi. Ce soir, je dormirais au gîte pèlerin. Décision raisonnée d’autant plus que j’ai une réunion concernant l'organisation d’un tournoi de palet cet été avec des amis, dans notre ville. Il faut aussi que mon corps récupère avant l'étape de demain, celle qui bouclera presque tout. Je lui dois bien ça.
Le gîte bouillonne de monde. Espagnols, Italiens, Français, tous en route vers Compostelle, tous à des stades différents de leur chemin, tous avec cette énergie particulière des pèlerins en fin de journée qui ont besoin de se raconter. Ça papote dans trois langues, ça compare les étapes, les ampoules, les refuges, les rencontres. Je reconnais quelques visages croisés à Lourdes, avant mon détour pour le mariage à Pontacq, ils ont continué leur chemin pendant que je dansais, et je les ai rattrapés. Le monde du sentier est petit.
Étrangement, j'ai une chambre pour moi seul à l'étage. Je suis donc légèrement en dehors du brouhaha collectif, et je n’aurais pas à subir de ronflements de la part de voisins cette nuit.
Il n'y a rien de mieux.