J’entends Fanny se lever tôt ce matin, quelque part entre le sommeil et l’éveil. Je n’ai pas la force d’ouvrir les yeux. Alors je lui dis au revoir en pensée, simplement, et je me rendors encore une heure, porté par le confort du matelas.


Quand je me lève enfin, Brice est déjà là. Il me propose un café, avec du quatre quarts et de la brioche. On discute tranquillement de sa journée, du week-end de Pentecôte qui arrive, et de la fin de mon voyage. Il me souhaite le meilleur pour la suite, et moi je leur souhaite un très beau mariage.


Je reprends la route sous une chaleur déjà présente, mais encore agréable. Je croise plusieurs pèlerins, dont beaucoup de Bretons. Ça me fait sourire. On me fait remarquer que je n’ai plus mon drapeau. C’est vrai. Je l’ai laissé à Valence, à Nina. Il est sûrement mieux là-bas…même si je me sens un peu nu sans. Je me dis que j’en rachèterai un une fois de retour chez moi.


J’arrive assez tôt à Onesse-Laharie.


C’est ici que, l’été dernier, tout avait failli s’arrêter. Revenir ici aujourd’hui, debout, relève d’une forme de revanche. Je suis reconnaissant envers mon corps qui a tenu.


Et en plus, le village est en fête. On entend la musique, les basses au loin. Il y à ce week-end la fête foraine


Je m’allonge dans l’herbe, à l’ombre, et c’est là que je rencontre Gilbert. Un pèlerin venu de Labouheyre, qui s’arrête ici pour la nuit. Il a cette simplicité désarmante des gens qui marchent sans chercher à expliquer. Il me parle de ses sept kilos perdus, comme on évoque une anecdote, puis de la raison de son départ.


Il n’en a pas. Et c’est peut-être la meilleure qui soit.


Il prévoit de dormir au refuge pèlerins, alors je décide de le suivre. On continue de discuter en partageant un petit goûter et du café. Puis on s’allonge pour se reposer. Je ne dors pas vraiment, j’ai une visio pour ma rentrée en septembre, mais ça fait du bien de ne rien faire.


Le soir, il appelle une pizzeria. Je l’entends commander deux pizzas, et je plaisante sur sa faim. Il me répond que la deuxième est pour moi. Je ne m’y attendais pas, mais alors pas du tout !!


On va les chercher ensemble et on les mange sur la table un peu bancale de la halte, avec en fond la musique de la fête foraine. Le moment est simple, mais vraiment agréable.


Gilbert se couche tôt. Il partira avant 6h pour éviter la chaleur. Moi, je reste encore un peu, je regarde un film sur mon téléphone, dans mon sac de couchage.


Une journée simple, reposante. Et ça fait du bien.