Je me réveille peu après Gilbert. Après quelques barres de céréales englouties, je mets mon sac sur le dos et je repars.
La route va être un enfer. Je ne le sais pas encore, mais les Landes vont se charger de me le faire comprendre très vite. Entre Onesse Laharie et Mimizan-Plage, il n'y a rien. Entendre par là : des pins, du sable, et une chaleur étouffante qui s'installe dès les premières heures. Pas de village, pas de café, pas de coin à l'ombre. Juste cette forêt monotone qui et cette ligne droite sableuse qui la traverse. Le sable freine chaque pas.
A un moment, je me perds. Je coupe à travers les pins, mon sac accroche les branches, mes yeux cherchent une trace, n'importe quoi qui ressemble à un chemin. Plusieurs longues, très longues minutes passent pendant lesquelles je fais semblant d'être calme alors que je ne le suis pas complètement. Et puis un sentier. Là, devant. Sauvé
Je reprends ma marche comme si je n’avais pas eu peur du tout. Le midi, je m'arrête à côté de l'aérodrome de Mimizan. Je m'assieds par terre, j'ouvre mon sac, et j'en sors du pain et des maquereaux. Autour de moi, rien, pas un bruit, pas une âme, juste le silence des landes et le vrombissement lointain d'un petit avion quelque part. Je mange lentement, épuisé, les jambes lourdes de sable, en regardant cette ligne droite de pins qui s'étire encore devant moi.
Je reprends la marche. Et puis, progressivement, l'air change. Il y a quelque chose de différent. La mer approche. Dès que j'arrive à Mimizan-Plage, je pose le sac et je fonce. L'océan Atlantique, les vagues, l'eau froide sur les jambes puis sur tout le reste, c'est juste magnifique. Je reste dans l'eau un moment les yeux fermés, à laisser les vagues faire ce qu'elles veulent. Ensuite, sieste sur le sable, le soleil sur le visage. Revigoré, je pars m'acheter un goûter (des granola, évidemment), et je m'installe à l'ombre sur un coin d'herbe au centre d'un lotissement pour souffler un peu.
C'est là que l'idée me traverse. Ma dernière étape approche. Et si j'attachais une cinquantaine de ballons à hélium à mon sac pour le rendre plus léger ?!?! L’idée serait dingue !! Je cherche le numéro d'un magasin de fêtes à Bordeaux et j'appelle. On m'annonce le prix de mon idée. C'est beaucoup trop cher. Je remercie, je raccroche. Mais avant, j'entends les dames rire de l'autre côté du téléphone. Je souris dans mon coin de pelouse. L'idée ne verra jamais le jour, mais elle aura au moins égayé l'après-midi de quelqu'un à Bordeaux. C'est déjà ça.
Je reprends mon tour du lotissement, et je tombe sur Marie-Christine et Pascal dans leur jardin. Je leur explique le projet, écoutent, sourient, et me disent oui sans hésiter. Tout le jardin est pour moi. Et puis, presque dans le même souffle, me propose une douche et une lessive. Je veux bien, oui ! Ils sont d'un calme et d'une douceur qui font du bien physiquement. Ils ont en eux cette sérénité tranquille des gens qui sont bien où ils sont et qui le savent. Marie-Christine me parle de Mimizan, de son fils qui voyage, qui est allé au Japon, elle l’admire, lui et sa façon d'aller voir ailleurs, même si elle, elle est plutôt casanière. Elle le dit sans complexe, avec le même sourire. Il y a des gens qui n'ont pas besoin de partir pour être curieux du monde.
Le soir tombe doucement sur le jardin. On s'installe dehors autour de leur table, très bancale. Pascal apporte du café et quelques carrés de chocolat. On ne parle pas de grand-chose en particulier. Le coucher de soleil fait son travail en silence, les couleurs changent au-dessus des pins, et on le regarde tous les trois sans éprouver le besoin de le commenter. Parfois, on a besoin seulement d’un café, de carrés de chocolat, d’une table qui penche, et de gens bien en face de soi pendant que le soleil disparaît.
Quelle belle journée.