Le réveil est difficile, en ce lendemain de fête.


Je me lève un peu barbouillé, avec cette sensation floue des soirées qui ont duré un peu trop longtemps, mais qui valaient largement le coup. Dans la cuisine, quelques survivants sont déjà debout. On range rapidement ensemble, en silence au début, puis avec quelques blagues fatiguées. Et puis, comme une récompense méritée, j’ai droit à un café avant de repartir.


Je reprends la route. La chaleur, elle, n’a pas la gueule de bois. Plusieurs fois dans la journée, je sens le corps qui tire la sonnette d’alarme. Coups de chaud. Étourdissements. Je ralentis, je m’arrête, je repars. C’est une marche un peu plus dure que les autres, moins fluide. En début d’après-midi, j’arrive à Biscarrosse, où je retrouve Julie, une des invitées de l’anniversaire de Maylis. On se pose près d’un étang, avec une petite plage. Le cadre est presque trop parfait pour l’état dans lequel je suis. On partage une citronnade bien fraîche, et surtout une discussion qui part dans tous les sens. Ces conversations un peu suspendues, avec quelqu’un qu’on connaît à peine mais avec qui ça circule tout seul. Le genre de moment simple qui fait du bien.


Quand elle repart, je regarde le chemin qu’il me reste à faire. Et je décide de ne pas y aller. Pas aujourd’hui. Je trouve un arbre, un peu à l’écart, je m’allonge, musique dans les oreilles. Une vraie sieste. Profonde. Réparatrice. Le genre qui remet les idées à l’endroit.

Quand je me réveille, le monde est redevenu un peu plus doux. Je reprends alors ma ronde. Je sonne à quelques portes. Trois refus. Beaucoup de maisons fermées. Rien d’anormal, mais ça use un peu quand même.


Et puis une porte s’ouvre. Kevin et sa compagne. Je tombe au moment où Kevin est en train d’emmener sa fille et une amie chez l’ex-compagnon de sa compagne. Un contexte que je ne cherche même pas à comprendre complètement, mais dans lequel, étonnamment, je trouve ma place. Elle me fait visiter la maison, m’installe directement dans une chambre, me propose une douche. Tout est naturel. Comme si c’était normal.

Je la rejoins ensuite dans le salon. Elle est devant un jeu vidéo. Très vite, je comprends : grosse geek assumée. Passionnée. Elle travaille dans l’informatique et le code, évidemment. Le jeu a l’air incroyable, je ne connaissais pas du tout, et ça me donne presque envie de prendre la manette. On discute longtemps. Elle est vraiment heureuse de m’accueillir, et ça se sent. C’est sans filtre. Et puis je réalise que c’est la première fois que je suis accueilli par quelqu’un d’origine russe dans ce voyage.


Kevin rentre ensuite, et la soirée continue à trois. Il nous raconte un voyage en Suède avec un ami. Une histoire qui commence tranquillement, avec quelques bières chez un type perdu au milieu de nulle part, et qui finit presque en galère totale dans les bois à chercher la cabane dans laquelle ils étaient installés. Kevin est un incroyable storyteller. Je suis happé du début à la fin.


Toutes ces histoires donnent envie de partir là-bas, dans le froid, dans les forêts, un peu à l’arrache.


Le soir, on mange une salade fraîche, avec du saumon fumé. Parfait avec la chaleur. En dessert, glace Häagen-Dazs et morceaux de coco enrobés de rhum, ramenés de Guadeloupe, où ils reviennent de vacances. Ils ont encore le soleil sur la peau, ça ne trompe pas.


On enchaîne avec un film Netflix. Un bon gros navet. Mais qui se regarde très bien. Une histoire d’aquarium, de remplacement improvisé, de van en panne, et évidemment d’une romance. De l’eau de rose du début à la fin. Et pourtant, je suis à fond.

J’apprends aussi que Kevin travaille en chaudronnerie, en combinaison ignifugée. Demain, il reprend sous la chaleur. Il n’a pas hâte. Je le comprends très, très bien.

Ils sont curieux, ouverts, accueillants. Ce qui me frappe surtout, c’est la facilité avec laquelle tout s’est fait. À peine arrivé, elle m’a proposé une chambre, un jus d’orange, le canapé pour me reposer.


Comme si c’était normal.