J33


De Larmor-Baden à Auray

29 kilomètres


J’ai rarement vécu une étape aussi belle. Entre Larmor-Baden et Auray, tout semble avoir été dessiné pour impressionner le marcheur : la mer qui scintille, les îles qui s’éparpillent comme des miettes de paradis, les pins maritimes qui se penchent au-dessus du sentier… Et ce ciel ! D’un bleu insolent, lavé par un petit vent frais (qui empêche la baignade mais donne envie de respirer à pleins poumons). S’il n’était pas là, je crois que je me serais jeté à l’eau sans hésiter (enfin, si l'eau faisait également dix degrés de plus).


À Baden, je croise deux randonneurs : un homme venu du Maroc et une femme d’Auvergne, rencontrés par hasard et désormais inséparables sur le GR34. Direction Saint-Nazaire pour eux. Impossible de les rater : gros sacs, chaussures montantes, visages burinés par la marche. On échange quelques mots, quelques sourires, et ça me fait du bien de revoir d’autres “gens du sentier”.


Et là, j'arrive au Port de Saint-Goustan. Popopoooo… quel endroit ! Les maisons à colombages, les quais pavés, les terrasses ensoleillées, les reflets de la rivière d’Auray… moi qui voulais finir ma vie à Camaret, je commence à douter. Auray, c’est une perle.


Je savoure un déjeuner très gourmet : pain et rillettes (oui, les sardines reviendront, pas d’inquiétude), avant de sombrer dans une petite sieste pas farouche… sur un talus, juste à côté du Hyper U. Pas le spot du siècle, mais le confort, c’est aussi une question d’attitude.


Le soir, je suis accueilli par Christian et Françoise, des amis d’un ami (merci Malo !). Dès l’entrée, je sens que je vais me plaire ici. Accueil chaleureux, bière bretonne à la main, et conversation animée avec leur ami Gildas.. Ils me montrent ma chambre, tout un étage rien que pour moi, luxe suprême après des nuits sous tente. Et la douche chaude… la cerise sur le kouign-amann.



Le dîner, c’est le clou du spectacle : crêpes de blé noir (surtout pas “galettes”, malheureux ! Elles sont beaucoup plus fines). Christian sort sa spécialité : la “couple beurre”. Deux crêpes superposées, la première fine et croustillante, l’autre légèrement plus moelleuses, le tout noyé sous une avalanche de beurre. C’est une tuerie. J’en reprends. Puis je termine par une crêpe de froment, beurre-sucre, pour la route (histoire d’équilibrer le cholestérol).


Après un dernier moment partagé ensemble autour d'un café et de carrés de chocolat (ça m'avait manqué), où je partages leurs histoires de famille et de voyage, je m’endors repu, heureux, et reconnaissant. Vive la Bretagne, vive les Bretons, vive les crêpes de blé noir… et surtout vive Christian et Françoise.