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De Pleumeur-Gautier à Paimpol

36 kilomètres


Le matin, Marie-Hélène boucle ses valises pendant que je termine mon petit déjeuner. Elle part pour trois mois, un peu partout en France, et fera même un détour par le Laos pour rejoindre l’une de ses filles.


Je repars avec plusieurs couches sous l’imperméable. L’étape est douce, même si le ciel fait un peu la tête. Mais comme demain promet d’être un déluge, je savoure chaque trouée de lumière, chaque clairière de bleue. Je me sens bien.

Prêt, presque, à boucler ce tour de France.


Quand j’entre dans Paimpol, la nuit s’installe et je glisse dans un petit quartier résidentiel. Une maison. Une voiture qui rentre dans le jardin. Et ce réflexe, maintenant naturel : "Tiens, je vais leur demander". Bingo. Dominique et Sabrina acceptent immédiatement que je plante ma tente dans leur jardin. Ils sont en train de charger leur coffre pour aller déposer des jouets à la Croix Rouge, à l’approche de Noël. Et je reste là, à les regarder partir, en me disant que certaines personnes donnent sans même s’en rendre compte, comme si c’était leur manière de respirer.


Pendant leur absence, je discute avec leur fils, Erwann, qui me prête une sucette au chocolat normalement réservé à sa soeur. Je plante la tente, puis on se retrouve à se faire quelques passes de ballon. Je réussis à la réceptionner sans me déboîter de doigt, ce qui est pas trop mal. Mais je ne mets aucun panier. Bon...je reste quand même moi. Ça fait du bien aussi de savoir que je suis encore complètement moi-même.


Quand ses parents reviennent, ils m’invitent à prendre un café, à grignoter un peu. Ils sont ravis de m’accueillir, vraiment ravis, et moi, je ne sais plus comment leur dire que c’est moi qui ai de la chance. On parle de mon projet, de l’association, et tout de suite Dominique se redresse : lui aussi est investi dans une asso à Paimpol, l’AVF, qui accompagne les nouveaux arrivants, crée du lien, fait tomber les isolements. Ils préparent justement leur repas de Noël. J’aime cette idée : accueillir le monde en le nourrissant.

Ils me racontent leur départ heureux de Paris, fini les deux heures de transports par jour, fini les rues trop pleines, et maintenant, ils habitent à 300 mètres de la plage.


Pendant ce temps, Erwann me traîne dans une partie de “Devine Tête" version Astérix. Il trouve toujours beaucoup trop vite, ce qui me fait douter de mes propres capacités cognitives. Il me dit qu’il a arrêté le basket parce qu’il n’aime pas trop jouer ou discuter avec des gens qu’il ne connaît pas. Et pourtant, là, devant moi, il fait exactement l’inverse, sans s’en rendre compte, naturellement, comme si un inconnu pouvait devenir familier juste en lui lançant un ballon.


Avant que je sorte dans le froid, ils m’offrent des chips, une tablette de chocolat (!!) et une bouteille d’eau pour accompagner mon repas. Je me glisse dans ma tente, en espérant que la nuit sera plus douce que la météo annoncée.