J72


De Saint-Brieuc à Binic

17 kilomètres


Le matin commence par une grasse matinée olympique, suivie d’un petit dej partagé avec David, Malo et… de la pâte à tartiner. Autant dire que la conversation ne pouvait qu’être intéressante. On parle de tout, vraiment de tout, le genre de discussion où tu ne sais plus si tu racontes ta vie ou si tu fais de la philosophie à moitié consciente.


Deux Autrichiens, amis de David, nous rejoignent. Ils apportent du kouign-amann, ce qui suffit à leur valider la nationalité bretonne honoraire.

Lui est un ancien danseur qui réalise maintenant un film en stop motion avec de vrais acteurs. Dix minutes de film = plus d’un an de travail.

Je suis impressionné. Je suis aussi impressionné par mon propre niveau d’anglais : deux phrases sur trois ne veulent rien dire, mais je mets des "yes sure absolutely" partout et tout le monde a l’air content.


Je repars pile quand Malo part vers la gare, direction sa vie d’alternant. Du courage, du vrai. Celui où tu quittes une vue époustoufflante pour des mails et des open spaces. Je l’admire.


Le GR entre Saint-Brieuc et Binic… comment dire…c’est une soupe de terre. Jamais marché aussi lentement. J’ai l’impression de glisser sur place, comme si la Bretagne voulait me retenir par les chevilles. Heureusement l’étape est courte. Sinon j’y serais encore.


En fin d’aprèm, j’arrive chez la mamie de Guilhem. Guilhem : mon ami, mon kiné improvisé, celui qui m’a accompagné lors du seul entraînement que j’ai fait avant le départ…et sans qui j’aurais sûrement abandonné. (Merci petit golem. Euh petit guilhem. Pardon.) Ça fait six ans que je ne l’avais pas revue. Elle m’accueille comme si j’étais passé la semaine dernière. Je gagne une chambre, une douche chaude, et… un café entouré de spéculoos. Mes biscuits préférés. Le paradis existe, il a du café et des biscuits à la cannelle.


On parle du déménagement, de Guilhem, de la famille Guigen, de tout ce qui bouge et de ce qui ne bouge pas. C’est doux. Simple. Humain. Le genre de moment qui fait oublier la gadoue, la pluie et les glissades approximatives du matin.


Le soir, je suis invité chez Flo et Yvon, la tante et l’oncle de Guilhem. On avait passé des vacances chez eux, en tente, il y a 6-7 ans. Vacances qui avaient fini dans leur garage, après que Guilhem et Noé, les deux idiots du groupe, nous aient renversé à moi et Nathan un seau d’eau dans la chambre. Nuit glaciale sur des planches de bodyboard. Voilà. De vrais amis.


Là, on se retrouve autour d’un super apéro. Je raconte le voyage, les rencontres, ce que ça fait de marcher tout seul, ce que ça construit en moi. Et bizarrement, j’arrive de mieux en mieux à l’expliquer. Comme si le voyage lui-même commençait à mettre les mots à ma place. On parle ensuite de leur gîte, super projet de Flo depuis 2019, où elle y fait aussi des crêpes. Ce soir, c’est d’ailleurs soirée crêpes.


Jules arrive avec sa copine Louise. Jules, c’est leur fils, mais c'est surtout celui qui avait réussi à me faire commander ma première bière dans un bar en seconde. J’étais minuscule (1m55) et j’avais l’air d’un collégien qui s’était trompé d’établissement. Louise, elle, me regarde mes chaussures détrempées et me dit que mes pieds risquent littéralement de moisir. Elle me conseille même de couper la semelle pour éviter de glisser. D’un coup, je ne suis plus sûr d’être rassuré.


Le repas est un délice absolu. Je mange comme si je n’avais pas connu la nourriture depuis la veille : 3 galettes, 2 crêpes et zéro honte. Un combo parfait pour s’endormir comme un bébé repu dans un lit bien chaud. La journée a été simple, drôle, boueuse, chaleureuse, remplie de souvenirs anciens et nouveaux.