De Trouville au Havre


Je repars tôt de Trouville, l’air encore un peu piquant du matin accroché aux quais. Mes jambes sentent bien bien la veille, mais ça déroule quand même. J’arrive à Honfleur en milieu de journée, et là je dois dire que je suis sous le charme. Le vieux bassin, les façades serrées les unes contre les autres, les couleurs, les volets, les reflets dans l’eau…woaw. Je prends le temps de souffler, de regarder, de me dire que j’ai quand même de la chance d’être là, à ce moment précis, après tous ces kilomètres.


Puis vient le fameux Pont de Normandie.


Je savais qu’il était long. Je savais qu’il était haut. Mais le traverser c’est une autre histoire. Le trottoir est étroit, les voitures et les camions passent vite, le vent s’engouffre partout (en plus il y en a du vent aujourd’hui), et moi, je marche là, un peu crispé, le regard moitié sur l’horizon, moitié sur mes pieds pour éviter de trop penser au vide.


Mon cœur accélère franchement. Je transpire, mais pas à cause de l’effort. C’est vraiment ce mélange de vertige et de stress qui monte. Par moments je me sens minuscule, posé au-dessus du monde sur ce fil géant. J’essaie de respirer calmement, de garder un rythme, mais j’avoue, j’ai hâte que ça se termine. Long, long, très long.


La route jusqu’au Havre, après, me paraît un peu terne. Je marche en mode automatique, avec dans la tête un mélange de fatigue, de fierté et de nostalgie anticipée : je sais que la pause est là.


Au Havre, je prends un BlaBlaCar pour rentrer chez moi, après avoir fait un petit tour de la ville. Le trajet est calme. Je suis content. Content de tout ce que j’ai parcouru, de chaque pas, même ceux qui faisaient mal. Content d’avoir rencontré autant de personnes différentes sur le chemin, d’avoir été accueilli, aidé, encouragé. Alors intérieurement, je remercie. Tous ceux qui m’ont hébergé, guidé, nourri, rassuré. Et je me dis que oui, ça valait chaque kilomètre. Ça vaudra aussi les prochains.